Turbulences dans la presse allemande

PB Presse allemandeAvec faillites et plans sociaux en cascade, la presse allemande connaît sa pire crise depuis 1949. De grands titres sont touchés comme la Frankfurter Rundschau et le Financial Times Deutschland. Selon un expert, d'autres quotidiens vont suivre le même destin. TEXTE : MARLENE GOETZ


Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.


En automne dernier, l'agence de presse dapd annonçait un redressement judiciaire avec à la clé la suppression d'un poste sur trois. Puis, le quotidien de Francfort, Frankfurter Rundschau (FR) a déposé le bilan. En décembre, le Financial Times Deutschland (FTD) paraissait pour la dernière fois. Même le magazine Der Spiegel, qui a pourtant du succès en ligne, est obligé de faire une cure d'austérité. La presse allemande connaît sa pire crise depuis 1949.

Jusqu'à présent, les journaux allemands semblaient avoir résisté aux difficultés qui touchent la presse depuis l'arrivée d'Internet. La bonne santé de la presse outre-Rhin est souvent expliquée par le solide système d'abonnements et la tradition de lecture des journaux - les deux tiers de la population lisent régulièrement la presse quotidienne. Selon l'association nationale des éditeurs de presse, sur les 18,02 millions d'exemplaires de quotidiens vendus par jour de parution en 2011, la majeure partie (12,95 millions) est constituée par les ventes par abonnements de quotidiens locaux et régionaux. Les grands journaux diffusés sur l'ensemble du territoire, les Überregionale, ne comptent que pour 1,5 million d'exemplaires vendus par jour.

Les quotidiens sont les grands perdants

Si les hebdomadaires et la presse spéciali- sée se maintiennent bien, selon l'office allemand de contrôle de la diffusion (IVW), les quotidiens perdent autour de 3% à chaque nouveau décompte. "Au cours des dix dernières années, les quotidiens ont perdu environ un quart à un tiers de leur diffusion", estime Horst Pöttker, de l'institut de journalisme de Dortmund. Selon le professeur, la bonne santé des médias allemands n'était qu'une illusion. "Ce recul n'était pas encore visible, car aucun grand journal n'avait dû fermer, cela commence maintenant, avec la FR et le FTD", poursuit-il.

Corollaire de la baisse de la diffusion, de la crise économique et de la concurrence d'internet, les revenus publicitaires de la presse quotidienne ont fondu de plus de deux milliards d'euros entre 2001 et 2011, selon l'association nationale des régies publicitaires.

Pour parer à la catastrophe qui a déjà touché d'autres pays européens, l'une des stratégies mises en place en Allemagne est le concept de "synergie". Mettre en commun des moyens pour les medias d'un même groupe, en créant par exemple des rédactions communes, est une réelle tendance parmi les éditeurs, y compris les puissants comme Axel Springer. Or, cela ne fonctionne pas toujours : les fermetures de la FR et du FTD, qui avaient opté pour ce système, en sont la preuve.

Ce n'est qu'un début

Le professeur Pöttker n'est guère optimiste. "Beaucoup de journaux ont fait une grande erreur il y a dix, douze ans, en pensant qu'Internet leur ferait de la publicité gratuite. Ils ont mis des textes journalistiques à disposition et, depuis, le public pense qu'il peut avoir les informations gratuitement. Renverser ce processus est très difficile", explique-t-il. Malgré les augmentations des prix de vente, les journaux ne pourront pas compenser les pertes liées à la diminution de la publicité. L'expert craint que d'autres fermetures de journaux ne pourront être évitées.

TEXTE : MARLENE GOETZ