Témoignage de Ludivine, ingénieur R&D en Allemagne : Comment le chômage partiel a sauvé mon emploi

Chômage partiel en AllemagneCe que de nombreux économistes et personnages politiques français ont qualifié le "miracle de l'emploi allemand" pendant la crise de 2009, peut s'expliquer par le chômage partiel (Kurzarbeit). Celui-ci a eu pour effet de limiter le temps de travail sans provoquer de chômage massif.

D'autres mesures ont été appliquées en France par des subventions aux heures supplémentaires, ce qui a poussé les entreprises à licencier des salariés en créant une envolée du chômage. Au plus fort de la crise en Allemagne, ce sont 1,1 million de salariés qui ont bénéficié de ces mesures et pu préserver leur emploi. Notre interview illustre un volet sur la flexibilité de l'emploi en Allemagne et telles que ces mesures sont vécues par des Français travaillant outre-rhin.

Nous avons interviewé Ludivine B., ingénieur R&D à Hambourg. Celle-ci travaille dans un service de production de machines industrielles du secteur automobile.

CE : Ludivine, pouvez-vous nous expliquer comment les mesures de chômage partiel ont été appliquées dans votre entreprise ?

Ludivine B. : Le secteur automobile a été fortement touché par la crise à l'époque. Je travaille dans cette entreprise familiale depuis 2007 et j'ai craint un retour "forcé" en France. Le service RH nous a expliqué que l'entreprise allait prendre comme la législation allemande le permet des
mesures de chômage partiel. Celles-ci ont été possibles pendant 6 mois. Elles sont prises en cas de conjoncture économique défavorable entraînant une "baisse temporaire, considérable et inévitable de l'activité". Dans notre entreprise elles ont même pris effet au-delà de la période de 6 mois, la loi fédérale ayant été assouplie à 24 mois. C'était vraiment le saut dans l'inconnu...

Ces mesure ont-elles eu un impact sur votre salaire ?

Dans un premier temps, le système des comptes épargnes temps a été épuisé par l'entreprise. Nous avons donc réduit les heures supplémentaires effectuées lors de la période de pleine activité. Puis le pôle emploi allemand a versé 60 % à 67 % de nos salaires. La Bundesagentur für Arbeit a également pris en charge les charges sociales des employés en chômage partiel.

Au final, quelles effets ont eu ces mesures sur l'activité de votre entreprise ... Et votre emploi ?

Mon entreprise a connu fin 2009 / début 2010 une reprise de son carnet de commande. Nous sommes sortis au fur et à mesure des mesures de Kurzarbeit sans que l'entreprise ait eu besoin de licencier. Certains copains de formation restés en France ont subi un autre sort et ont connu le chômage en France. Bien sûr, sans la reprise, notre entreprise n'aurait pas pu tenir et nous aurions nous aussi été licenciés, ça a donc été un pari sur l'avenir, ou plutôt un "coup de poker".

Quelles ont été selon vous les raisons du succès de ces mesures en Allemagne ?

Je travaille dans une entreprise familiale qui n'est pas cotée en bourse, une KMU ou PME allemande créée après-guerre et qui a connu de génération en génération un fort succès à l'export. Il s'agissait avant tout d'une vraie implication de la famille dirigeante de ne pas se séparer de son personnel qu'elle côtoie chaque jour.

Notre entreprise connaît également un problème démographique comme beaucoup d'entreprises allemandes avec une véritable pénurie de candidats aux profils techniques. Elle a donc souhaité maintenir son personnel à tout prix.

Enfin cette issue heureuse a été la rançon d'un pari : celui d'une reprise rapide qui ne s'est pas trop fait attendre heureusement grâce à la force exportatrice de mon entreprise...