Phénomène studiVZ : Une virée dans la vie virtuelle d’un étudiant allemand

Phénomène StudiVZNombreux sont les chatrooms et les forums de discussion sur Internet sans parler du succès énorme des weblogs aujourd'hui aussi utilisés par certains journalistes. En Allemagne un nouveau phénomène de masse a émergé des profondeurs du net : le studiVZ, une plateforme de communication et d'autopromotion pour les étudiants.

StudiVZ : le Facebook allemand

Inspiré du réseau américain Facebook qui compte maintenant 30 millions de membres dans le monde entier. Le réseau d'étudiants allemands avec ses branches studiQG en France, studiLN en Italie, studentIX en Pologne et estudiLN pour les étudiants ibéro-américains, offre à l'étudiant un profil propre et de larges possibilités d'interconnexion.

Les idées se ressemblent. Le membre a un site à lui, une sorte de fiche-portrait truffée d'informations générales et personnelles. Les rubriques concernent les études qu'il poursuit, les livres qu'il préfère jusqu'à l'état de sa vie amoureuse. Après avoir ainsi créé un profil, il faut le personnaliser davantage en téléchargeant une photo ou bien en rassemblant des photos dans un album. Ensuite vient la création d'un réseau social. L'étudiant cherche des amis pour se connecter avec eux. A cet égard, le terme d'amitié, normalement chargé d'affection, gagne une signification toute nouvelle : en feuilletant les profils on voit souvent des gens avec plus de 200 « amis ». Mais les studinautes acceptent ces excès avec l'ironie nécessaire créant des groupes comme « Je te déteste, soyons des amis au studiVZ ».

Afin de parfaire l'image créée, il s'agit de mettre en scène ses qualités. On s'inscrit à des « groupes » - des forums de discussion plus ou moins fréquentés - dont le titre apparaît sur le profil et révèle les derniers goûts personnels. Celui qui se veut cool et marrant choisit des groupes comme « des gros enfants sont difficiles à kidnapper » ou « Je veux un château ! », celui qui a des aspirations intellectuelles fournit une liste de philosophes et d'écrivains difficiles.

A la fin, on peut décider de laisser ses données consultables ou de limiter, le cas échéant, le cercle des personnes qui ont accès à son profil. On peut donc commencer à satisfaire sa curiosité du « qui avec qui » : en sautant de profil à profil on découvre les visages virtuels d'amis et d'inconnus. Pour entrer vraiment en contact avec l'autre, on a le choix entre plusieurs options : soit on utilise la méthode classique, le message personnel, soit on s'immortalise avec un message court sur son profil, soit on lui envoie un petit bonjour par la fonction « gruscheln » un mot-valise des deux termes allemands « grüßen » (dire bonjour à quelqu'un) et « kuscheln » (se faire des câlins).

En dépit du côté artificiel de certains profils, le studiVZ est bien loin d'être un réseau de personnalités fictif. Derrière le profil, on voit apparaître une personne ancrée dans la réalité de sa vie quotidienne qui est à la page et qui profite des nouveaux moyens de communication afin d'élargir et de faciliter sa vie sociale. Le réseau favorise l'autopromotion, mais il est aussi un miroir de la réalité sociale de l'étudiant. C'est le fait de donner son véritable nom et d'être inscrit à une faculté qui identifie l'étudiant comme un individu précis et qui le rend responsable des informations qu'il fournit. Le réseau est régulé ce qui le distingue bien de la blogosphère beaucoup plus anonyme et ainsi beaucoup plus apte à devenir le lieu de confidences intimes. Là où les blogs sont un moyen de présenter une face de soi qu'on évite de montrer dans la vie réelle et une possibilité de se réinventer, le studiVZ a plutôt la fonction d'un annuaire hypermoderne.

Il n'empêche pas la « communication réelle », c'est-à-dire directe, face à face. Il peut même la promouvoir, un fait dont témoignent de nombreux couples qui sont d'abord tombés amoureux du profil de l'autre, mais aussi des actions collectives comme le grand barbecue à Bonn organisé par un groupe et ouvert à tout le monde.