Parler allemand, un atout sur le marché du travail

CIDAL Parler allemand un atout sur le marché du travailOn entend tout et son contraire sur le marché allemand du travail. Le JT annonce que les entreprises allemandes recrutent à tour de bras, les demandeurs d'emploi étrangers se précipitent... jeunes, motivés, bardés de diplômes, ils ont un profil idéal. Ce qui devrait se conclure par un happy end se solde trop souvent par un échec. Les recruteurs se tordent les mains faute de main-d'œuvre qualifiée, les candidats se plaignent de n'avoir pu décrocher un seul de ces fameux postes soi-disant vacants. Poker menteur, malentendu, concours de circonstances ? Bien souvent, la réponse tient en une question : Sprechen Sie Deutsch ?

Face à des candidats souhaitant travailler en Allemagne, on est confronté à deux types de préjugés : 1) « J'ai fait de l'allemand pendant sept ans à l'école, j'avais un bon niveau, j'ai souvent séjourné en Allemagne mais c'est insuffisant, je n'y arriverai jamais. » 2) « Je me débrouille en anglais, les Allemands parlent bien cette langue et c'est de toute façon devenu la norme dans le monde du travail. » Entre ces deux extrêmes, peu d'affirmations modérées. La langue allemande polarise... et angoisse. Pire, certains sont obnubilés par l'idée qu'il leur faudra apprendre aussi un dialecte régional pour pouvoir travailler outre-Rhin.

Non, on ne parle pas anglais partout... ni bavarois

Remettons les choses à plat. Est-il bien indispensable de parler allemand pour travailler en Allemagne ? C'est préférable. 98 % des entreprises allemandes sont des PME, parfois doublées d'entreprises familiales. Certaines ont beau être des leaders dans leur secteur, on n'y parle pas forcément anglais entre cousins. Même dans les grosses multinationales, ce n'est pas parce qu'on manie le globish dans les dîners d'affaires qu'on a envie d'adopter une langue étrangère au sein de l'entreprise. De même qu'on imaginerait difficilement l'anglais remplaçant le français dans toutes les sociétés cotées au CAC40.

Cela dit, 40 % des entreprises allemandes disent avoir du mal à trouver des candidats qualifiés, révèle une étude McKinsey publiée en mai 2014, et beaucoup misent sur l'immigration pour y remédier. Logiquement, les recruteurs n'exigeront pas des candidats qu'ils manient à la perfection la langue de Goethe, et encore moins le bavarois. Cependant, ils attendront un minimum d'efforts. Une faute de grammaire sera souvent pardonnée ; un manque de motivation... rarement. Maîtriser une langue, c'est s'approprier une culture, des références et des codes. Sur le plan professionnel, cela permet de mettre à l'aise ses interlocuteurs et d'établir un contact personnel.

C'est aussi une marque de respect vis-à-vis du pays d'accueil. Quand bien même l'entreprise travaillerait en anglais, ne pas parler un mot d'allemand pourrait se muer en cauchemar au moment de négocier un bail... tout le monde ne parle pas anglais en Allemagne, contrairement à ce qu'on pourrait croire en fréquentant les milieux estudiantins. Il suffit, pour s'en rendre compte, d'acheter des tickets de métro ou du pain à la boulangerie du coin. Et puis, faire l'impasse sur la langue reviendrait à vivre dans une bulle, coupé des habitants et de la vie du pays.

Un investissement dans votre carrière

Au demeurant, apprendre l'allemand constitue un véritable investissement professionnel, même si l'on ne prévoit pas de s'installer en Allemagne. Si l'anglais est exigé dans de nombreuses annonces, l'allemand est la deuxième langue la plus convoitée par les employeurs français. L'Allemagne étant le premier partenaire économique de la France, l'allemand est la langue étrangère la plus utilisée (30 %) dans le commerce, derrière l'anglais (45 %). Selon la Fédération des associations franco-allemandes pour l'Europe (FAFA), les entreprises françaises auraient trois fois plus de clients germanophones qu'hispanophones. Parler l'allemand peut donc faire la différence, a fortiori si l'on veut franchir le Rhin.

Est-ce à dire qu'il serait impossible de s'implanter sur le marché allemand du travail sans maîtriser la langue de Goethe ? Non. Les situations varient selon les régions, les postes, les entreprises. Et surtout les secteurs. Les développeurs informatiques sont généralement accueillis à bras ouverts par les entreprises, même s'ils ne parlent pas un mot d'allemand. Dans ce secteur largement anglicisé, où les candidats qualifiés sont fort convoités, on pardonne plus facilement des lacunes linguistiques. D'autres secteurs, tels que l'ingénierie de pointe ou la finance, misent de plus en plus sur un environnement de travail international.

Quoi qu'il en soit, si vous sentez que votre allemand est un peu faible, n'hésitez pas à le rafraîchir avant de vous lancer. C'est beaucoup plus facile - et accessoirement plus ludique - que vous ne l'imaginez. Vous êtes sceptique ? Vous vous demandez comment vous y prendre ? C'est ce que nous verrons lors d'un prochain épisode !

Source : CIDAL