L'importance des compétences interculturelles : interview avec Marion Festing

PB Interview Marion FestingMarion Festing, directrice du Campus berlinois de l'école de commerce ESCP Europe, s'exprime sur la nécessité de développer des "compétences interculturelles". TEXTE : SOPHIA ANDREOTTI


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Il y a 40 ans, l'ESCP Europe introduisait son concept d'école de commerce multicampus. Aujourd'hui, l'institution est implantée dans cinq villes d'Europe, dont Berlin. Quelle était l'ambition de départ ?

Il faut se replacer dans le contexte de l'époque. En 1973, il s'agissait de consolider les bases de l'Union européenne. L'idée, c'est qu'on aurait aussi besoin de managers qualifiés, capables de s'adapter à ces nouvelles conditions de travail. Et pour ce faire, une formation exclusivement nationale ne suffisait pas. Dès le départ, il faudrait inscrire cette formation dans un contexte européen. Qu'elle puisse permettre de découvrir les différents pays membres, de faire l'expérience de langues, de cultures, de traditions et de méthodes de travail différentes et ainsi de s'imprégner de l'Europe. À l'époque, l'idée était totalement novatrice.

Quelles sont les compétences mises en avant par votre formation ?

Nous essayons de transmettre à nos étudiants une vision positive de l'Europe. Pour la plupart, ils sont déjà très ouverts au départ. Ce qu'ils apprennent chez nous, c'est à développer leurs compétences interculturelles. Par exemple, les groupes de travail comptent toujours plusieurs nationalités. Les étudiants apprennent ainsi à interagir, à gérer les différences de point de vue et les différentes manières de travailler. Un savoir qu'ils pourront réutiliser à terme s'ils travaillent dans une entreprise multinationale.

En quoi les cinq campus (Paris, Berlin, Madrid, Londres, Turin) se différen- cient-ils les uns des autres ? Qu'ont-ils en commun ?

Nous avons un tronc commun mais chaque professeur organise son cours de manière différente, selon les spécificités locales. Par exemple, le cours de Gestion des ressources humaines que j'enseigne à Berlin aura le même contenu sur les autres campus. Mais j'y apporte une couleur locale. J'en profite pour évoquer les spécificités allemandes, comme son modèle syndical. D'autre part, chaque campus a ses domaines de spécialisation. À Berlin, il y a des thèmes qui s'imposent d'eux-mêmes tels que l'Allemagne premier exportateur mondial. Nous nous intéressons également aux secteurs où le pays est très compétitif. L'Allemagne est par exemple à la pointe question politique énergétique, économie verte ou protection de l'environnement. En étudiant le semestre suivant sur un autre campus, chaque étudiant peut alors comparer ses expériences dans les différents pays.

En France, l'ESCP Europe figure au tableau des grandes écoles. Doit-on souhaiter la formation d'une élite européenne qui se calerait sur le modèle français ?

Nous avons très certainement besoin de personnel qualifié mais cette élite européenne - si on la considère comme une élite - doit-elle forcément suivre le modèle français ? Il s'agit plutôt de créer notre propre modèle européen. Nous nous démarquons justement de nos concurrents français, de l'ESSEC ou de HEC, car nous sommes plus qu'une grande école à la française.

TEXTE : SOPHIA ANDREOTTI