Les retraites en Allemagne, entre pragmatisme et fatalisme

Retraite en AllemagneAlors que le débat sur la réforme des retraites fait rage en France, quel regard les Allemands - qu'une loi passée en 2007 va obliger à l'horizon 2030 à travailler jusqu'à 67 ans - portent-ils sur le mécontentement français et quelle analyse font-ils de cette problématique en Allemagne ? Interview le long du Rhin à Düsseldorf.

Le casse-tête du financement des retraites n'est pas réservé à la France. Les évolutions démographiques ont rendu en France comme en Allemagne une réforme nécessaire pour sauver le système par répartition. Ce principe, mis en place dans les deux pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1945 en France et 1957 en Allemagne) dans lequel les actifs cotisent pour payer les pensions des retraités, est mis à mal par l'allongement de la durée de vie et la baisse de la natalité dans nos sociétés actuelles. Les actifs ne seront bientôt plus assez nombreux pour financer le nombre croissant de retraités.

Un problème commun, l'évolution démographique

Le débat s'est avéré houleux en France, et il semble être loin d'être clos. L'Allemagne, dont les gouvernements successifs ont pris le problème en main depuis la grande réforme de 2001, regarde avec un air tantôt admiratif tantôt sarcastique les fameuses " grèves françaises " qui s'opposent à la réforme des retraites.

" Les Français préfèrent souvent faire la grève que de travailler ", lance M., d'un air un peu moqueur. Revenant sur ces préjugés qu'il juge " plutôt affectueux ", il explique que la situation démographique allemande catastrophique (très faible taux de natalité) a rendu indispensable un changement des pratiques et des mentalités sur les retraites. Selon lui, la sonnette d'alarme tirée par les hommes politiques a rencontré un large écho dans la population, qui a su prendre ses responsabilités. C'est pourquoi lors de la réforme de 2001, qui a fixé l'âge légal de départ en retraite à 65 ans, et introduit un système de retraite par capitalisation (les Allemands étant incités par des mesures financières à cotiser à des fonds de retraite privés) en complément des cotisations de base, l'opinion publique n'a pas trop mal réagi.

La réforme engagée en 2007, a cependant créé plus de vagues, puisqu'elle prévoit que l'âge légal de départ à la retraite sera progressivement porté de 65 à 67 ans entre 2012 et 2029. Récemment, le SPD, qui a participé activement à la mise en place de cette réforme au sein de la grande coalition, et qui en a payé les frais aux élections de 2009, a annoncé sa volonté de reporter son application à 2015, c'est à dire après les échéances électorales de 2013.

" Beaucoup de gens étaient hostiles à la réforme, mais nous n'avons pas pu faire grève, comme c'est le cas en France", explique S. En effet, le droit de grève est réservé à un conflit portant sur l'emploi ou les conditions de travail " et la retraite, ce n'est pas vraiment le travail ", ironise-t-il. Pour lui, les Français ont raison de se battre pour sauver leur retraite à 60 ans, car malgré les discours culpabilisateurs, des solutions alternatives sont possibles pour sauver le système de retraite.

Des situations et des solutions différentes

" Il ne faut pas croire que tous les Allemands travaillent jusqu'à 65 ans ", précise D. L'âge légal étant de fait fixé à 65 ans, l'âge moyen de départ en retraite est actuellement de 63 ans. Le système allemand permet en effet de partir à 63 ans avec 35 années de cotisation. Et la condition d'âge disparaît au-delà de 45 années de contribution. Une décote de 3,6 % est appliquée par année non travaillée en cas de départ anticipé. En France, de vives critiques se sont élevées contre le relèvement de l'âge légal de la retraite, de 60 à 62 ans, sans prise en compte du nombre d'années de cotisation. Cela pénalise en effet certains travailleurs qui ont commencé à exercer des métiers souvent pénibles dès l'âge de 16 ans, ce qui représente 46 années de vie active.

" La France et l'Allemagne sont deux pays différents, les mentalités, les situations et donc les solutions, sont différentes ", conclue S. En effet, même si le contexte de vieillissement de la population est commun à l'ensemble de l'Europe, les modèles politiques, économiques, sociaux français et allemands ont connu des évolutions différentes, se prêtant peu à la comparaison. Par exemple, là où en Allemagne les problèmes démographiques obligent les actifs à travailler plus longtemps (l'autre solution serait d'avoir recours à une nouvelle vague d'immigration), la France peine à créer des emplois pour ses jeunes diplômés, ce qui risque de s'aggraver avec le maintien sur le marché du travail des actifs les plus âgés.
Cependant, alors qu'en Allemagne seulement 21,5% des plus de 60 ans ont un travail et qu'en France le taux d'emploi des 55-64 ans ne dépasse pas 39%, un challenge commun se présente aux deux pays désormais: soutenir et repenser le travail des séniors, confrontés de fait à un chômage élevé.

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