Les pôles d’excellence, un bouclier contre la crise ?

ParisBerlin_KriseSelon que l'on se situe d'un côté ou de l'autre du Rhin, l'innovation excelle au sein des "Kompetenznetze" et autres "Spitzencluster" versus "pôles de compétitivité", tous appelés à se multiplier. Ces clones de la Sillicon Valley doivent aussi affronter la récession. TEXTE : JEAN-PHILIPPE LACOUR


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Ils sont censés fournir un antidote à la délocalisation et constituer un maillon fort de l'innovation industrielle, d'où peuvent jaillir des emplois. Les "pôles de compétitivité" et leurs cousins allemands, les "Spitzencluster", eux-mêmes emboîtant le pas aux "Kompetenznetze", ne constituent pas pour autant l'assurance tout risque pour couvrir les eff ets de la crise économique du siècle. Le sentiment est contrasté sur la marche des aff aires, expliquent des responsables de pôles où coopèrent des PME, laboratoires et universités. L'Etat reconnaît de son côté que ces structures ne font pas de miracles par les temps actuels, tout en continuant à miser dessus pour préparer l'avenir.

Une forte demande

En Allemagne, les clusters liés à la branche exportatrice de la machine-outil notamment tirent la langue. "Les secteurs bio-technologie, médecine, alimentaire se maintiennent, et cela se retrouve dans les réseaux de compétences", explique Gerd Meier zu Köcker, directeur de l'initiative "Kompetenznetze" qui regroupe 110 réseaux.

Ces derniers exercent ces temps-ci un pouvoir d'attraction : "On compte 10% d'entreprises adhérentes supplémentaires depuis le début de la crise, même s'il a fallu pour ces dernières engager des frais pour intégrer un cluster. L'attente est donc grande vis-à-vis de ces réseaux pour aider les entreprises en temps de crise". Les pôles convoités sont en grande majorité ceux qui ont été initiés depuis l'origine par l'industrie, laquelle a cherché à obtenir ensuite le label d'excellence, ce qu'en jargon, on nomme l'approche "bottom-up". Les réseaux tricotés d'abord par le pouvoir politique, dits "top-down", ne connaissent pas cette effervescence, note Gerd Meier zu Köcker.

Des résultats en demi-teinte

C'est précisément l'approche top-down qui a prévalu en France en 2004 quand a été lancé en grande pompe le dispositif des pôles de compétitivité sous l'ancien gouvernement de Villepin. En tout 71 pôles ont été sélectionnés pour recevoir le label "compétitivité", sésame permettant de recevoir une part d'un budget d'1,5 milliards d'euros d'aides publiques, l'enveloppe venant d'être renouvelée pour trois ans. Reste qu'aucune étude n'est venue mesurer l'impact économique de cette politique. Un audit a cependant conclu en 2008 que 13 de ces pôles n'avaient pas atteint les objectifs assignés.
Ils ont jusqu'à fi n 2009 pour s'adapter où perdre leur label, et les juteuses subventions qui vont avec.

TEXTE : JEAN-PHILIPPE LACOUR