Les femmes de Schlecker vont de l'avant en Allemagne

PB Femmes de Schlecker en AllemagneSur les 25 000 employées touchées par la faillite de l'enseigne Schlecker en Allemagne, seule la moitié a retrouvé un emploi. Lassées de l'attente, certaines ont décidé de prendre leur destin en main, en créant leurs propres petits magasins. TEXTE : GWENAELLE DEBOUTTE


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Sandra Farace a retrouvé le sourire et un peu de légèreté. À 40 ans, elle faisait partie des 25 000 employées restées sur le carreau, depuis l'annonce mi-2012 de la faillite de l'enseigne de droguerie Schlecker, en Allemagne. Toutes avec plus ou moins le même profil: des femmes autour de 50 ans, peu qualifiées, étiquetées "ex-Schlecker". Autrement dit, peu attractives sur un marché du travail, déjà saturé, dans la distribution. Résultat, malgré les promesses du gouvernement, six mois après leur licenciement, seule la moitié a pu retrouver un emploi, chez la concurrence ou comme aides à la personne, programme initié par la ministre du Travail, Ursula von der Leyen.

Mais aujourd'hui, lassée des refus, Sandra Farace a décidé, avec son ancienne collègue Heike, de monter sa propre affaire. Elles ont choisi Hoheneck-Ludwigsburg, petite ville de 5000 âmes, à une dizaine de kilomètres de Stuttgart et espèrent ouvrir dans les prochains mois. "Il n'y a rien là-bas. Juste deux boulangeries, un boucher, une banque. Les gens, beaucoup de personnes âgées, sont obligés de prendre le bus pour faire leurs courses en ville", explique Sandra Farace.

Dans le local de 200 m2, elles vendront de l'alimentation et des produits frais, de la droguerie, de la papeterie et espèrent profiter de ce désert commercial pour faire prospérer leur petit commerce. Mais passer de vendeuse à chef d'entreprise ne se fait pas en un jour. "Des femmes sont venues nous voir au lendemain de la faillite de Schlecker," explique Christina Frank, secrétaire générale du syndicat Ver.di à Stuttgart. "Bien sûr que ce n'est pas le rôle d'un syndicat de créer des entreprises, comme certains le prétendent. Mais que voulez- vous, quand vous connaissez ces femmes, que vous avez travaillé avec elles, vous ne pouvez pas simplement les regarder tomber au chômage ou en Hartz IV !" Avec une poignée de volontaires, dont Achim Neumann, Christina Frank a donc créé l'association "Förderung der Nahversorgung", pour leur venir en aide.

Première difficulté, réunir les milliers d'euros nécessaires au démarrage de l'activité. L'association les soutient dans leurs démarches auprès des banques et des villes, pour solliciter un prêt. Les habitants sont également appelés à investir, dans le cadre de petites coopératives, à hauteur de 50 ou 100 euros. Viennent ensuite les contrats, pour la location du local ou avec les fournisseurs. "Nous faisons en sorte qu'elles obtiennent les meilleures conditions", poursuit Christina Frank. Jusqu'à présent, elle a aidé directement 35 femmes dans tout le pays et la première enseigne a ouvert fin 2012. Pour sa part, l'Agence pour l'emploi estime que 91 anciennes de Schlecker ont créé leur commerce, "principalement dans le Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, où l'esprit d'entreprise est fort", souligne un repré- sentant régional de l'Arbeitsagentur. Pour Ver.di, le potentiel pourrait être de 1000 magasins. "J'ai travaillé douze ans chez Schlecker, comme vendeuse puis, à la fin, comme chef de filiale. Nous faisions déjà beaucoup de choses. Alors après tout, à part les négociations avec les fournisseurs et la comptabilité, cela ne sera pas si différent", conclut Sandra Farace, optimiste.

L'histoire d'une faillite

Fondée en 1975 par Anton Schlecker, l'enseigne éponyme possédait 10 000 filiales en Allemagne et était présente dans toute l'Europe. Mais, rattrapé par la concurrence du hard-discount et fragilisé par une mauvaise stratégie d'implantation (deux filiales pouvaient être distantes de 100 mètres), le groupe n'a pas su réagir à temps, le menant à la faillite en juillet 2012.

TEXTE : GWENAELLE DEBOUTTE