Les écarts de revenus n’augmentent plus en Allemagne

Ecarts de revenus en AllemagneAprès avoir augmenté entre 2000 et 2005, les écarts de revenus tendent à se réduire en Allemagne depuis 2007. C'est ce que révèle le 4e rapport gouvernemental sur la pauvreté et la richesse, adopté début mars par le gouvernement allemand.

Selon ce texte de 548 pages, l'Allemagne est parvenue à traverser la crise économique et financière tout en dynamisant l'emploi et en stabilisant son taux d'exposition à la pauvreté. Les inégalités de patrimoine demeurent, néanmoins, importantes.

Pour analyser en détail l'évolution des revenus en Allemagne, les auteurs du rapport se sont notamment appuyés sur une étude de l'institut DIW. Celle-ci révèle qu'après impôts, prélèvements et versement d'allocations sociales, le revenu disponible des ménages allemands s'est accru en moyenne de 3 % à l'Ouest (+ 600 €/an) et de 7 % (+ 1 100 €/ an) à l'Est entre 2005 et 2010. La tendance à la baisse des revenus, constatée dans la première moitié des années 2000 sur fond d'envolée du chômage, notamment à l'Est, s'est donc inversée.

Hausse des revenus plus forte au bas de l'échelle

Ces revenus n'ont pas évolué de la même façon pour toutes les catégories. Entre 2009 et 2010, par exemple, les 40 % de la population aux revenus les plus faibles ont vu leurs revenus nets augmenter de 2 %, c'est-à-dire plus vite que la moyenne. De fait, cette période a non seulement vu une hausse du taux d'activité, mais également la signature d'accords tarifaires plus généreux. Par contre, les revenus moyens et élevés ont eu tendance à stagner.

De manière générale, constate ainsi le DIW, « les inégalités de revenus se sont réduites depuis 2005 sur fond d'amélioration de la conjoncture et partant, d'embellie sur le marché du travail ».

Cette évolution est allée de pair avec une stabilisation de la pauvreté. Depuis 2007, la part des personnes exposées à la pauvreté, c'est-à-dire disposant de moins de 60 % du revenu médian, s'est stabilisée entre 14 et 16 %, indique le rapport sur la pauvreté et la richesse. Par ailleurs, aujourd'hui, la pauvreté concerne plus souvent les jeunes, les jeunes adultes, ainsi que les familles monoparentales.

Santé du marché de l'emploi

La bonne santé du marché de l'emploi explique, bien sûr, pour une large part ces évolutions positives. Après avoir atteint un pic (plus de 5 millions), le nombre de chômeurs n'a cessé de se réduire depuis le début de l'année 2005. En 2012, le taux de chômage allemand a ainsi reflué à son plus bas niveau depuis l'unification (6,8 %).

Selon le rapport sur la pauvreté et la richesse, toutes les catégories d'actifs ont profité de cette évolution. En 2012, l'Allemagne comptait, par exemple, le taux de chômage le plus bas de toute l'Union européenne (UE) chez les jeunes de moins de 25 ans (5,9 % en moyenne annuelle selon l'Agence fédérale pour l'emploi).

Cela n'a pas poussé les seniors vers la sortie, au contraire. Leur taux d'emploi a augmenté plus vite que la moyenne. Entre 2000 et 2011, le taux d'emploi des actifs âgés de 55 à 60 ans est passé de 56,5 % à 73,5 %, et celui des 60-65 ans de 19,9 % à 44 %. Et ce n'est qu'un début dans le contexte du bouleversement démographique...

Quant au chômage de longue durée (plus de 12 mois), il s'est réduit de plus de 40 %. Le nombre de personnes concernées est passé de 1,73 million à 1,03 million entre 2007 et 2012. Parallèlement, le nombre de bénéficiaires du minimum social s'est réduit. Il est passé d'un peu moins de 5,3 millions (9,7 % de la population) à 4,5 millions (8,2 %) entre 2007 et 2012.

Évolution de l'emploi

Ce redressement du marché du travail allemand a-t-il eu un prix en termes de qualité des emplois ? Selon le rapport, il n'a entraîné ni hausse du sous-emploi, ni réduction de l'emploi « classique ». La sous-activité s'est réduite sur la période, et la baisse du chômage n'a reposé ni sur des mesures d'activation du marché de l'emploi, ni sur des emplois aidés. Quant à l'emploi « classique », pleinement soumis aux charges sociales, il s'est même accru. Il concernait 23,7 millions en 2011, contre 22,1 millions de personnes en 2005.

Les emplois « atypiques » ne se sont donc pas substitués aux emplois « classiques ». En revanche, dans un contexte de croissance des emplois de services, une partie des emplois nouvellement créés ont appartenu à ces formes d'emploi. Selon le rapport, ces emplois représentait 25,1 % du total en 2011, contre 19,8 % en 2000. La part de salariés exerçant un emploi atypique est ainsi passée de 10,6 % en 2000 à 14,7 % en 2011.

Simultanément, la proportion de salariés à « bas salaire » (c'est-à-dire travaillant pour une rémunération horaire inférieure aux 2/3 du salaire médian) a eu tendance à progresser. Elle est passée de 20 % à un peu moins de 24 % entre 2000 et 2007. Depuis, elle oscille autour d'un taux d'un peu moins de 23 %.

Opportunités pour le plus grand nombre

Selon le 4e rapport gouvernemental sur la pauvreté et la richesse, l'Allemagne est donc globalement parvenue à préserver sa population des effets de la crise économique et financière. Des opportunités d'ascension sociale sont restées ouvertes au plus grand nombre, dans l'esprit des fondateurs de l'économie sociale de marché.

Les inégalités de patrimoine restent néanmoins importantes. Selon le rapport, la moitié des ménages les plus pauvres ne possède qu'un pour cent de l'ensemble du patrimoine quand les 10 % les plus riches en possèdent plus de la moitié. Et ces 10 % ont vu leur patrimoine croître de manière continue au cours des dernières années.

Source : www.allemagne.diplo.de