Le salaire en Suisse : un revenu élevé, mais à négocier avec soin

Salaire en Suisse

Avec un salaire médian de 5 698,23 € (6189 francs suisses) en 2014 et le taux de chômage le plus bas d'Europe, la Suisse apparaît comme un Eldorado. Mais n'oubliez pas que la vie de l'autre côté des Alpes est très chère et que votre salaire doit être négocié en conséquence. Le nombre d'heures de travail hebdomadaire est, en outre, au-dessus de celui effectué en France. Autre particularité importante, il vous faudra payer vous-même votre assurance maladie - et son coût risque de peser fortement sur votre revenu mensuel.

Comment sera calculé mon salaire en Suisse ?

  • La Suisse ne dispose pas d'un salaire minimum au niveau fédéral ou cantonal. Le salaire miminum a fait l'objet d'un référendum en mai 2014 pour un montant de 3300 €, mais 77 % des Suisses ont refusé son introduction, craignant une hausse du chômage. Cependant, certaines conventions collectives de travail (CCT) prévoient un salaire minimum.
  • Comme en France, votre rémunération dépendra du poste occupé, du secteur dans lequel vous travaillez et des conventions collectives de travail.
  • Votre rémunération comptera normalement treize salaires par an : douze mois de salaire et un treizième mois au mois de décembre.
  • Le salaire en Suisse est versé sur la base de 41,7 heures hebdomadaires, dépassant d'une heure la moyenne de l'Union Européenne et de 6,7 heures le temps de travail légal en France.
  • Contrairement à la France, où l'employeur doit prendre en charge une grande partie des cotisations dues à l'assurance maladie, en Suisse, la loi fédérale sur l'assurance maladie prévoit que c'est le salarié qui doit s'assurer à ses propres frais. Selon l'Office Fédéral de la Statistique en Suisse (OFS) un ménage consacre en moyenne 554 francs suisses (454,28 €) mensuels pour une assurance maladie de base, 146 CHF (environ 120 €) pour des assurances maladie complémentaires et 191 CHF (156,62 €) pour d'autres assurances.

A quels impôts dois-je m'attendre ?

Cela dépend de votre permis de travail.

  • Permis B (autorisation de séjour de un à cinq ans pour les ressortissants de l'UE) : imposition à la source. L'impôt est directement prélevé sur le salaire par l'employeur et reversé ensuite à l'administration fiscale du canton.
  • Permis L (courte durée, pour plus de quatre mois et moins d'un an) : identique au permis B.
  • Permis C (permis d'établissement en Suisse pour les ressortissants de l'UE ayant vécu et travaillé plus de cinq ans sur le territoire) : vous êtes soumis à l'impôt communal. C'est le canton, ou la commune dans laquelle vous habitez, qui détermine le taux fiscal appliqué aux impôts sur le revenu. Le montant d'impôts que vous aurez à payer dépend donc de votre lieu de résidence.
  • Si vous êtes travailleur frontalier (vous résidez en France et travaillez en Suisse), vous êtes obligatoirement soumis au prélèvement à la source, même si vous payez déjà des impôts en France. Afin d'éviter de payer deux fois vos impôts, il vous faudra remplir une attestation de résidence fiscale française des travailleurs frontaliers franco-suisses.
  • Afin de savoir de combien d'argent vous disposerez à la fin du mois, vous pouvez utiliser un calculateur d'impôts en ligne. Le calcul dépend du canton où vous résidez et travaillez.
  1. Calculateur de salaire de l'Union Syndicale Suisse : estimation du salaire pour toute la Suisse
  2. Calculateur de salaire par région, service Salarium (OFS)
  3. Calculateur de salaire à Genève (Observatoire Genevois du marché du travail)
  4. Calculateur de salaire dans le canton de Zürich
  5. Calculateur de salaire dans le canton de Vaud (SCRIS)
  6. Calculateur de salaire dans le canton de Fribourg (Observatoire Fribourgeois du Marché du Travail)
  7. Calculateur de salaire dans le canton de Neuchâtel

A quoi ressemblera ma feuille de salaire ?

  • La feuille de salaire suisse risque de vous paraître trop simple pour être vraie ! En effet, elle est très dépouillée. Une feuille de salaire française comporte par exemple 33 postes de charges ; une feuille de salaire suisse n'en a que 13. Explication poste par poste des charges figurant sur votre bulletin de paie.
  • La feuille de salaire suisse est structurée en trois parties :
  1. Vos revenus bruts (salaire mensuel, heures supplémentaires, frais journaliers, primes, indemnités maladies...)
  2. Les cotisations (part employeur, sécurité sociale, retraite...)
  3. Le salaire net

Comment négocier mon salaire de départ ?

  • Comme en France, l'argent est relativement tabou en Suisse. Le salaire de départ est très rarement mentionné dans les annonces. Raison de plus pour aborder la question de vous-même, avec délicatesse bien entendu, si vous sentez que l'employeur fait l'impasse sur le sujet.
  • Renseignez-vous pour savoir si le secteur ou l'entreprise dans lesquels vous souhaitez travailler sont couverts par une CCT. Si c'est le cas, vérifiez si celle-ci prévoit un salaire minimum et si votre salaire y est au moins équivalent.
  • Négocier son salaire, c'est se vendre. Et pour vous vendre, il va falloir... vous jeter quelques fleurs ! S'il ne s'agit nullement de se faire "mousser" (encore moins en Suisse, où l'humilité est la qualité reine, qu'ailleurs), il est important de mettre en avant les compétences qui rendent votre candidature unique, par exemple. Un candidat qui parle mandarin peut-être un atout considérable pour une entreprise qui a ses usines en Chine. Attention : si vous n'êtes pas encore engagé dans l'entreprise, veillez à ne pas demander un salaire trop élevé par rapport à celui proposé par l'employeur. Il sera toujours temps de négocier une augmentation si les choses se passent bien par la suite.
  • Plus d'infos avant d'accepter une proposition de salaire en Suisse par David Talerman, auteur de Travailler et vivre en Suisse.

Comment négocier une augmentation en Suisse ?

Préparez minutieusement votre demande

  • Définissez un objectif précis : quel montant, net ET brut, souhaitez-vous désormais gagner ? Vous pouvez avoir de mauvaises surprises en recevant votre feuille de paie si vous ne calculez pas vos charges avec précision.
  • Listez les heures supplémentaires effectuées : cela peut jouer un rôle important dans la négociation.
  • Comparez votre salaire actuel à celui de vos collègues. Analysez votre valeur sur le marché grâce aux études publiées par des cabinets de recrutement.
  • Demandez-vous si l'entreprise est actuellement en position de se permettre de mieux rémunérer ses salariés. Une start-up qui vient de se monter, ou encore une entreprise du textile qui vient de fermer deux usines, risquent de vous faire les gros yeux en cas de demande d'augmentation ! Vérifiez la santé de votre entreprise, comme le disait la vieille publicité sur le Minitel...

Pendant l'entretien avec votre supérieur

  • Sachez que les Suisses n'aiment pas parler d'argent. C'est sans doute vous qui devrez poser la question d'une refonte de votre salaire avec votre employeur ; il est rare que celui aborde la question de lui-même. D'après le site Karriere.at, vous devriez avoir au moins trois arguments principaux pour réclamer une augmentation. N'avancez pas votre argument fondamental en premier. Avancez d'abord votre deuxième argument : "j'ai gagné trois gros clients cette année et participé à l'augmentation du chiffre d'affaires à hauteur de 5%". Puis l'argument le plus faible : "j'ai une ancienneté de deux ans et je n'ai pas encore été augmenté." Enfin, votre argument le plus fort, afin qu'il marque votre interlocuteur : "l'entreprise X tente actuellement de me débaucher".
  • Sachez faire valoir vos atouts pour l'entreprise, sans toutefois paraître vantard(e). Parlez de vos succès et de vos heures supplémentaires avec des chiffres à l'appui.

Si l'augmentation est refusée

  • Ne démissionnez pas sur un coup de tête : vous perdriez votre salaire et vos indemnités de licenciement du même coup !
  • Sauvez la face en proposant un autre deal. Si l'employeur ne peut pas se permettre de vous augmenter pour des raisons économiques, vous pouvez demander des avantages en nature : un ordinateur portable, des actions, une voiture de fonction, un smartphone de bureau, etc. Les employeurs sont généralement ouverts à ce genre de propositions.
  • Si l'augmentation est refusée pour des motifs que vous jugez inacceptables, mettez à jour votre CV et partez à la recherche d'un nouvel emploi, mais faites-le sans fanfare ni trompette... vous vous rendriez la vie difficile au bureau, en attendant de démarrer votre nouvelle vie au sein d'une entreprise plus à même de rémunérer vos services selon vos attentes.