Le programme allemand “The Job of my Life” victime de son succès

PB Job of my LifeLe programme "The Job of my Life" devait apporter aux entreprises allemandes la main-d'oeuvre jeune et motivée qui leur fait défaut. Mais les candidats sont tellement nombreux que les caisses sont déjà vides. TEXTE : DEBORAH BERLIOZ

Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.


Pour de nombreux jeunes chômeurs européens, le rêve allemand a tourné court. En effet, ceux qui voulaient venir se former dans la République fédérale grâce au programme "The Job of my Life", doivent désormais renoncer ou prendre leur mal en patience. Le site Internet du projet indique depuis le 8 avril qu'aucun nouveau dossier ne sera pris en compte pour l'année 2014. "Plus d'informations pour 2015 à la mi-2014", indique laconiquement la page.

Ce programme, lancé fin 2012 par le gouvernement allemand, offre une aide financière à de jeunes Européens souhaitant venir faire un stage, travailler en alternance ou bien se former dans la République fédérale. Financé par le ministère du Travail, il s'adresse aux 18-35 ans et doit leur faciliter l'arrivée dans leur nouveau pays d'accueil : financement de cours d'allemand, prise en charge des frais de voyage pour des entretiens ou des frais de déménagement... À une condition : les candidats doivent avoir trouvé une place d'apprentissage ou un emploi dans un secteur en manque de main-d'oeuvre, comme l'hôtellerie ou les soins aux personnes âgées.

"Solidarité européenne vivante"

Avec cette initiative, le gouvernement allemand fait donc d'une pierre deux coups. Premièrement, il apporte une contribution à la lutte contre le chômage des jeunes dans les pays européens en crise. En Espagne ou en Grèce, plus de 50 % des moins de 25 ans sont sans emploi. Alors qu'en Allemagne ce chiffre avoisine les 8 %. "Donnons une perspective aux jeunes chômeurs européens sur le marché du travail allemand", a déclaré Ursula von der Leyen l'année dernière, alors qu'elle était encore ministre du Travail. "C'est cela une solidarité européenne vivante." Une bonne occasion de redorer le blason de la République fédérale dans des pays comme la Grèce ou l'Espagne, où elle est associée aux impopulaires cures d'austérité. Et surtout, en attirant la jeunesse européenne sur son sol, l'Allemagne peut regarnir les rangs de ses actifs, de plus en plus clairsemés en raison d'une démographie moribonde.

Raz-de-marée de demandes

Et le succès a été au rendez-vous. Un peu trop même. Fin janvier, le site "The Job of my Life" avait reçu plus de 170 000 visites. Et plus de 9 000 jeunes y ont sollicité des aides entre janvier 2013 et mars 2014. Avec 5 600 dossiers, les Espagnols sont de loin les premiers candidats au programme. Un véritable raz-de-marée, malheureusement très mal anticipé du côté du gouvernement. Certes, le programme, initialement prévu jusqu'en 2016, a été prolongé jusqu'en 2018 avec un financement de 359 millions d'euros, et son enveloppe a été grossie de 21 millions pour 2014 en février dernier, portant le total des subventions à 69 millions pour cette année. Mais cela n'a pas suffi, le budget pour 2014 est déjà épuisé, laissant de nombreux jeunes sur le carreau. Soixante d'entre eux, qui auraient déjà commencé des cours de langue ou un stage en Allemagne se retrouveraient désormais sans aide financière pour continuer leur séjour. Et environ 4 000 autres candidats auraient reçu une lettre de l'agence pour l'emploi allemande le 31 mars, les informant que leur demande ne pouvait être prise en compte. De quoi égratigner l'image de terre d'accueil que la République fédérale souhaitait se forger.

TEXTE : DEBORAH BERLIOZ