Le coworking, un nouveau mode de travail prisé en Allemagne

CIDAL CoworkingInternet souffle un vent de liberté sur les conditions de travail : adieu les contraintes d'espace et de temps. D'autant que de nombreux champs d'activité sont apparus grâce à la Toile : sites web à programmer, microblogues d'entreprises à alimenter, sans oublier le portail vidéo où doit s'afficher la nouvelle campagne de publicité virale... De quoi offrir de vastes possibilités à la « génération numérique », ces jeunes adultes ayant grandi avec les ordinateurs et le Net.

Crise économique mondiale oblige, l'Allemagne n'est pas épargnée par la raréfaction des contrats à durée indéterminée. Mais pour de nombreux jeunes actifs, cela ne pose aucun problème : travailler à leur compte et sans contraintes leur convient très bien. « Pour nous, cela s'appelle le travail » (« Wir nennen es Arbeit »), ainsi s'intitule un livre publié en 2006 par Holm Friebes et Sascha Lobos sur cette tendance. Le sous-titre, « La bohème numérique », désigne clairement cette génération de jeunes indépendants sachant s'adapter pour offrir une force de travail le plus souvent créative. « Vivre intelligemment au-delà de la sécurité de l'emploi », tel est le programme que les auteurs se proposent de dépeindre. Et ce, à grand renfort d'exemples de réussite de créateurs de start-up innovantes et autres indépendants débordant d'idées, qui se considèrent comme une élite par rapport aux salariés. Même si l'emploi à temps plein recommence à augmenter, il n'est pas rare d'apercevoir, en Allemagne, un travailleur indépendant qui, assis dans un café, traite les commandes de clients du monde entier depuis son ordinateur portable -à moins qu'il ne soit en train d'enrichir son blogue. Plus que tout, les indépendants chérissent la flexibilité et l'indépendance que leur offre un tel mode de travail, en comparaison des contraintes liées à un emploi fixe (horaires de bureau, congés limités), sans parler des chefs qui fâchent. Décider soi-même où et quand travailler, cela fait rêver !

Mais certains, à la longue, finissent par avoir du mal à gérer ce trop-plein de liberté et versent dans la procrastination (l'art de remettre au lendemain les tâches que l'on doit exécuter). Ceux-là ont peut-être intérêt à opter pour les « coworking-spaces » (espaces de travail partagés) qui fleurissent un peu partout en Allemagne. En avril dernier, la revue « Neon » a consacré au « Betahaus » de Berlin un article intitulé « Ils appellent cela la liberté », en écho au livre de Holm Friebes et Sascha Lobos. On y apprend que les travailleurs libéraux et créateurs d'entreprises manifestent de plus en plus le désir de travailler dans de tels lieux. Que ce soit au « Betahaus » ou au « Combinat 56 », à Munich, les indépendants peuvent louer une salle de réunion ou un poste de travail dans un open space, et ce à l'heure, à la journée ou au mois. Le placement est libre, c'est-à-dire que la quête du poste de travail idéal recommence chaque jour. Selon les villes, le prix de la location varie de 250 à 350 euros par mois.

Il est fondamental de savoir travailler autrement et faire l'expérience de nouveaux espaces et équipements, assure Christoph Fahle, l'un des fondateurs du « Betahaus », dans un reportage de la chaîne 3sat. Les adeptes du « coworking » estiment souvent que les échanges avec leurs colocataires revêtent une grande importance sur le long terme. « Jusqu'à présent, j'avais toujours effectué mes traductions seul à la maison. À la longue, cela se revèle aussi solitaire qu'ennuyeux », confie Pedro, originaire de Madrid. Comme il ne voulait pas étouffer dans la capitale espagnole pendant l'été, il est venu à Munich où il loue un bureau à la journée. « C'est génial, tous les contacts que l'on peut nouer ici ! Par exemple, je trouve toujours quelqu'un qui s'y connaît en informatique et qui peut m'aider quand mon ordinateur portable plante pour la énième fois. »

Le terme de « coworking-space », qui vient des États-Unis, se traduit littéralement par « espace de travail partagé », mais cela fait un peu désuet. Il vaut donc mieux parler de « postes de travail en accès libre », car l'idée de sécurité qui perce dans cette notion est peut-être, pour certains, une raison supplémentaire d'apprécier de tels lieux : « poste » désigne non seulement l'endroit où l'on travaille, mais aussi un emploi ou une situation stable, donc un revenu assuré. À défaut de savoir quand se présentera le prochain gros contrat, on peut compter sur la solidarité des « coworking-spaces »...

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