Le burn-out au travail en Allemagne : un sujet à la mode ?

PB Burn-out au travail en AllemagneOn ne compte plus les articles et les dossiers consacrés au burn-out dans les médias allemands. En France, le terme fait moins recette. Le travail serait-il moins stressant dans l'Hexagone ? TEXTE : DEBORAH BERLIOZ


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Le burn-out fait le bonheur des médias allemands depuis quelque temps. L'année dernière, l'hebdomadaire Der Spiegel a même fait deux unes sur ce syndrome d'épuisement lié au travail. L'usage de ce terme anglais est tellement inflationniste, qu'il a décroché la sixième place au classement du "mot de l'année" établi par la société de la langue allemande en 2011.

Pourtant le phénomène du burn-out n'est pas nouveau. "Le terme a été inventé en 1974 par le psychiatre américain Herbert Freudenberger pour décrire l'état d'épuisement dans lequel se trouve le personnel soignant en charge de patients toxicomanes", explique Marc Loriol, chercheur au CNRS et auteur du livre La construction du social - Souffrance, travail, et catégorisation des usagers dans l'action publique. Freundenberger définit le burn-out comme la perte de motivation d'une personne dans son travail, surtout quand sa forte implication n'a pas donné les résultats escomptés.

Alors pourquoi cette mode du burn-out en Allemagne aujourd'hui ? "C'est sans doute dû au fait que beaucoup de personnalités ont avoué souffrir de ce phénomène", explique Gabriele Heuser, psychiatre à l'hôpital de la Charité à Berlin. Il est vrai qu'on a eu une véritable vague de coming burn-out de ce côté du Rhin. Il y a tout d'abord eu le suicide de Robert Enke, le gardien de l'équipe de foot d'Hanovre. Puis la compagne de la présentatrice Anne Will, Miriam Meckel, a sorti un livre pour raconter son propre passage à vide.

Technologies et précarité

Cependant, le burn-out n'est pas réservé aux célébrités. Selon une étude de la caisse d'assurance maladie TK, un Allemand sur cinq souffrirait de troubles psychiques liés au travail. Et le nombre d'arrêts maladie à cause du stress aurait bondi de 33% depuis 2007. Une hausse qui a des causes multiples selon la psychiatre : "On demande aux employés d'être joignables jour et nuit, cela cause un épuisement complet." La faute aux nouvelles technologies donc. Mais pas seulement. L'explosion des emplois précaires et la hausse des exigences de rendements sont également responsables.

Pourtant, en France, le terme burn-out ne rencontre pas autant de succès. Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung se désolait d'ailleurs récemment que "le burn-out, sur lequel on écrit si souvent en Allemagne, n'est presque pas une préoccupation en France". Les Français seraient-ils donc moins stressés? Pas forcément. "En France nous avons d'autres étiquettes. La notion de dépression est plus banalisée et mieux acceptée", explique Marc Loriol. D'ailleurs, on n'hésite pas à parler de son psy dans les dîners en ville...

Un sujet tabou

Alors certes, seuls 11% des actifs français souffriraient d'un burn-out, contre 20% des Allemands. Mais selon une étude de l'Organisation mondiale de la santé, 21% des Français se disent dépressifs, contre seulement 9,9% des Allemands. Même souffrance, juste une différence de sémantique. "En Allemagne la dépression est assez taboue, surtout chez les hommes. Un homme ne doit ni se plaindre, ni pleurer", explique Heuser. Dire qu'on fait un burn-out est donc mieux accepté socialement.

Quoi qu'il en soit, le mal-être au travail est une réalité des deux côtés du Rhin. Et une réalité qui coûte cher. Le syndicat allemand IG-Metall estime à 27 milliards d'euros le coût sanitaire du phénomène. Quant à la ministre du Travail, Ursula von der Leyen, elle affirme que ce syndrome provoque un manque à gagner de 8 à 10 milliards pour les entreprises de son pays. Et selon le Bureau international du travail (BIT), le coût économique du stress au travail représenterait jusqu'à 3 à 4% du PIB des pays industrialisés. Du coup, les gouvernants ont décidé de s'en mêler. En France, le stress est à l'agenda depuis un certain temps. Les vagues de suicides dans certaines entreprises, comme France Telecom ou Renault, ont provoqué une prise de conscience. Dès 2010, les risques psychosociaux ont été inscrits parmi les cinq risques prioritaires dans le plan "Santé au travail" du gouvernement. Mais Madame von der Leyen compte bien se rattraper. Elle a annoncé que la prévention des troubles psychiques sera en 2012 la priorité de la stratégie commune allemande pour la sécurité et la santé au travail.

Le business du bien-être

Une épidémie de burn-out? Beaucoup d'entrepreneurs ont su y voir une véritable opportunité commerciale. Ainsi, les cabinets de conseil comme Deloitte ou Mc Kinsey ont commencé à proposer des programmes pour aider les entreprises à devenir "saines". Même les spas, comme celui du château d'Elmau, en Bavière, proposent désormais des offres "anti-burn-out".

Mais quelques massages n'offriront sans doute pas une solution durable aux employés stressés. C'est plus le créneau de CarpeDiem24. Cette société de Lübeck propose des programmes d'assistance aux employés. Contre un forfait mensuel payé par l'entreprise, les travailleurs peuvent parler anonymement de leurs soucis à des experts externes 24h sur 24.

Programmes antistress dans les entreprises allemandes

Pour déstresser leurs employés, les entreprises allemandes ont de l'imagination. Chez Volkswagen, le serveur Internet est désactivé durant le week-end pour empêcher les employés de consulter leurs e-mails professionnels. "Une bonne initiative mais pas suffisante", juge Gabriele Heuser, psychiatre à l'hôpital de la Charité à Berlin. "Ils restent joignables par téléphone." Mais le stress est aussi bien souvent causé par un chef peu conciliant. Du coup, chez le constructeur de camions MAN, les employés doivent régulièrement évaluer leur coopération avec leurs supérieurs. Et puisqu'un esprit sain passe aussi par un corps sain, certaines entreprises ont décidé de rendre leurs employés plus sportifs. Ainsi, dans la petite usine de pâte d'amande Niederegger, à Lübeck, toutes les machines s'arrêtent à dix heures du matin pour que les travailleurs puissent faire dix minutes de gymnastique. Et à midi, c'est yoga dans la cantine et programme de désaccoutumance pour ceux qui veulent arrêter de fumer.

TEXTE : DEBORAH BERLIOZ