L'angle mort du débat sur l’ascension professionnelle des femmes en Allemagne

CIDAL Ascension professionnelle des femmes en AllemagneL'Allemagne n'est pas la France. Selon une enquête de l'Institut für Demoskopie Allensbach, le débat sur l'accès des femmes aux postes à responsabilités ignore en partie les attentes et les mentalités de la population. À l'ouest du pays, en particulier, cette dernière reste attachée à une répartition traditionnelle des rôles au sein du couple. Ainsi, 59 % des mères de familles allemandes jugeant idéal de travailler à temps partiel. Seules 18 % privilégient un poste à plein temps. 13 % sont disposées à renoncer à la maternité pour poursuivre une carrière à plein temps sans enfant.

"Le poids des influences culturelles liées [...] aux modèles de référence en matière de garde et d'éducation des enfants est totalement ignoré ou occulté dans le débat actuel sur la présence des femmes aux postes de cadres dirigeants", commente le professeur Renate Köcher, de l'Institut d'Allensbach, dans les colonnes du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (23/02/2011).

Les Allemands de l'Est, plus proches des Français que ceux de l'Ouest

Le spectre de la mère corbeau (Rabenmutter), en particulier, qui délaisse ses enfants pour aller travailler, demeure prégnant. "La population ouest-allemande a un point de vue totalement différent de celui de la population est-allemande ou française en ce qui concerne la garde des enfants par des tiers", explique Mme Köcher. Elle fixe à près de trois ans l'âge à partir duquel les bambins peuvent être gardés à l'extérieur. Cet âge descend à un an et demi en Allemagne de l'Est, et à moins d'un an en France.

Mère corbeau

Selon Mme Köcher, les parents ouest-allemands craignent essentiellement que la garde à l'extérieur du foyer ne nuise à l'enfant. Une minorité a tenté l'expérience de la garde à l'extérieur, généralement avec succès. Mais "la garde au sein de la famille reste supérieure aux yeux de la majorité".

L'analyse se vérifie dans les faits : en Allemagne 84 % des mères de moins de 45 ans ont interrompu leur activité professionnelle une ou plusieurs fois pour s'occuper de leurs enfants. Seuls 10 % des pères du même âge sont dans ce cas. Entre 25 et 45 ans, 84 % des hommes travaillent à plein temps contre 48 % des femmes. Et 63 % de la population jugent difficile de concilier vie de famille et carrière professionnelle (72 % pour les mères d'enfants mineurs).

Les entreprises et les responsables politiques déploient actuellement d'importants efforts pour remédier à cette insatisfaction. Mais pour Mme Köcher, le débat sur l'introduction de quotas relève avant tout du symbole. Le sondage montre, en effet, que la compétence doit demeurer, aux yeux des Allemands, le principal ressort de l'ascension professionnelle.

En outre, les sondés ne remettent pas en cause le caractère sexué de nombreux métiers. Ce qui leur importe réside plutôt dans la valorisation des métiers considérés comme féminins. 56 % des femmes et 62 % des hommes jugent ainsi "important" que les professions choisies en majorité par les femmes offrent des opportunités de carrière et de rémunération intéressantes. Tel est, selon eux, le moyen de parvenir à une réelle égalité.

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