L'Allemagne, un leader du bio en Europe

LPJ Allemagne leader du bio en EuropeEntre aliments biologiques, naturo-cosmétique ou öko-mode, le bio est partout outre-Rhin. Si l'Allemagne fut pionnière en matière d'agriculture biologique, elle affiche surtout le plus grand nombre de consommateurs de produits biologiques en Europe. Un hasard ? Non, la structure plus dynamique de l'agriculture biologique, la meilleure qualité et la meilleure disponibilité du bio explique aussi ce succès.

Si la crise a affecté l'ensemble de l'industrie alimentaire, le marché du bio, lui, est resté relativement épargné. L'Association des producteurs biologiques allemands BÖLW (Bund Ökologische Lebensmittelwirtschaft) évalue le marché pour l'année 2009 à 6 Md d'euros, ce qui place l'Allemagne en première place des consommateurs de bio en Europe, suivi par la France (3 Md d'euros) et le Royaume Uni (2 Md d'euros). Depuis l'an 2000, le marché bio allemand a triplé en chiffre d'affaires, et l'Agence fédérale des produits bio BNN (Bundesverband Naturkost Naturwaren) annonce déjà pour la première moitié 2010 une hausse de 10% du chiffre d'affaires des distributeurs spécialisés bio.

Meilleur et moins cher... La devanture d'un magasin bio discount

La crise de la vache folle, la grippe aviaire, ou le lait contaminé aux dioxines ont certes radicalement changé le regard des consommateurs sur la nourriture et contribué à la renaissance du "phénomène bio". Mais les principes fondateurs de l'agriculture biologique ne sont pas nouveaux. En 1924, en réponse à des agriculteurs inquiets d'une dégénérescence de leurs productions suite à l'utilisation intensive d'engrais de synthèse, l'Autrichien Rudolf Steiner crée la "bio-dynamie", représentée depuis 1928 par la marque internationale Demeter. Les premiers mouvements d'agriculture "organo-biologique", s'appuyant largement sur les principes de la bio-dynamie, voient le jour en Suisse dans les années 50, et c'est à partir des années 60 que le bio commence à s'instaurer en Allemagne, en parallèle avec le mouvement hippie préconisant un retour à la nature. En 1971, le premier groupement de producteurs organo-biologiques Bioland voit le jour. Il sera suivi par Biokreis en 1979 et Naturland en 1982. Aujourd'hui, ce sont, avec Demeter, huit labels qui garantissent aux agriculteurs et producteurs de bio allemands un marché et un suivi, et aux consommateurs des produits de haute qualité.

Des produits plus strictement contrôlés et plus disponibles

Tous les Etats européens sont soumis depuis 1992 à la même réglementation européenne sur le bio. Cependant les cahiers des charges des labels allemands sont en général beaucoup plus stricts que ceux établis à Bruxelles. Ainsi, s'il est possible avec le "minimum européen" de produire sur une même exploitation de façon bio et conventionnelle, les producteurs adhérant à un des labels allemands doivent convertir intégralement leur mode de production. D'autre part, la nourriture destinée aux animaux doit être 100% bio et à 50% provenir de l'exploitation, ce qui n'est pas spécifié par le cahier des charges européen, qui tolère même 5% de nourriture provenant de l'agriculture conventionnelle.

Alors que les concepts de développement durable et de commerce équitable prenaient de plus en plus d'importance, le boom du bio a encore en partie été favorisé en Allemagne par l'ouverture de la distribution de produits biologiques aux grandes surfaces et aux discounters (un tiers du marché bio allemand revient à Lidl, Aldi and Co.) Qui dit discount, dit forcement des produits de moins bonne qualité ? Pas pour le bio : des études réalisées par les magazines Ökotest et Greenpeace Magazin ont montré que l'offre bio des discounters provenait souvent de producteurs adhérant à un label allemand, et que leur qualité était comparable aux "premiums" des magasins bio. De quoi faire rimer économie et écologie.

Voir l'article original du Petit Journal : L'Allemagne, un leader du bio en Europe

© www.lepetitjournal.com