Exportations : Chine 1 - Allemagne 0 ?

Exportations Chine AllemagneAprès avoir, pendant plusieurs années, conservé son titre de leader mondial des exportations, l'Allemagne a cédé sa place au géant chinois. Explications. TEXTE : DAVID EVEN


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Depuis début janvier c'est officiel. L'Allemagne n'est plus la première puissance exportatrice au monde. Elle a été battue, sur le fil, par la Chine. Si cette grande première dans l'histoire des cinq dernières décennies n'est pas une surprise, elle est cependant loin d'être un coup dur pour la plus grande puissance économique du Vieux Continent qui ne joue pas dans la même cour que le géant chinois.

Au coude-à-coude depuis quelques années déjà, Allemagne et Chine ont réitéré en 2009 leur lutte en vue de l'obtention du titre de première puissance exportatrice au monde. C'est sans grande surprise que le géant asiatique l'a, pour la première fois, emporté avec près de 840 milliards d'euros de ventes à l'étranger contre 816 milliards pour son concurrent (source CIRAC).
Est-ce la fin du modèle allemand, super puissance exportatrice depuis un demi-siècle ? Isabelle Bourgeois, du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine et rédactrice en chef de la revue Regards sur l'économie allemande réfute cette idée : "Ça n'a absolument rien d'affolant. L'Allemagne s'est tout simplement fait dépasser par un géant. C'est loin d'être la fin d'une époque surtout que les deux pays ne jouent pas dans la même catégorie."

Deux exportateurs incomparables

Un effet de taille évident, une monnaie non réévaluée, des exportations à faible valeur ajoutée, tels sont les secrets qui ont mené la Chine au succès dans un contexte de baisse généralisée de la demande et de contraction de ses propres exportations (environ -13 % par rapport à 2008).

"Depuis 15 ans la Chine a gagné des partsde marché en se positionnant très nettement sur les produits à bas prix, sur le bas de gamme qui représente aujourd'hui 70 % de ses exportations. L'Allemagne mise tout sur le haut de gamme, les exportations à forte valeur ajoutée. Or, la crise a frappé plus durement les demandes en haut de gamme, ce qui explique que la Chine ait relativement mieux résisté que l'Allemagne", commente Françoise Lemoine du Centre français d'étude et de recherche en économie internationale. Ce que l'Allemagne vend, ce sont les outils pour travailler et produire. Essentiellement des installations industrielles, des machines-outils et tous les biens intermédiaires permettant de produire. Cette caractéristique amène Isabelle Bourgeois à ironiser : "C'est un peu l'Allemagne qui a fait gagner la Chine ! Elle lui a vendu les machines et les savoir-faire qui lui permettent désormais d'inonder le marché du textile, des
chaussures ou encore des jouets."

Partenaires plus que concurrents ?

De très loin premier partenaire économique européen de la Chine, l'Allemagne y est présente en force depuis longtemps. Mary-Françoise Renard, responsable de l'Institut de recherche sur l'économie de la Chine constate que : "Même si le succès chinois est en grande partie dû au fait de sa bonne insertion dans la zone asiatique, les investissements étrangers, et surtout allemands, ont eu d'importants effets d'entraînement sur les entreprises chinoises.L'Allemagne a aidé la Chine à se développer. On doit plus parler de partenaires que de concurrents."
Ceci explique peut-être l'indifférence de la presse allemande suite à l'annonce de leur perte de leadership. C'est surtout chez le voisin français que cette nouvelle a fait les gros titres. Faut-il y voir le signe d'une Allemagne sûre de sa puissance ou, au contraire, celui d'une France bien heureuse de ne pas avoir à évoquer le déficit chronique de sa balance commerciale ?

TEXTE : DAVID EVEN