EDF a les yeux gourmands sur l'Allemagne

PB EDF yeux gourmands sur AllemagneEDF persiste et signe... Malgré ses soucis juridiques concernant la cession de ses parts dans le groupe allemand EnBW, le géant français continue de chercher de nouvelles proies à croquer en Allemagne. TEXTE : FREDERIC THERIN


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En revendant en décembre 2010 pour 4,7 milliards d'euros à l'État régional du Bade-Wurtemberg sa part de 47 % dans le capital du numéro trois allemand de l'énergie, EDF avait fait une bonne affaire financière. Cette offre, qui comprenait une prime de 18,6 % par rapport au cours de clôture de l'action EnBW, permettait en effet au groupe hexagonal d'empocher une plus-value de 500 millions d'euros et de sortir de son bilan les 7 milliards d'euros de dettes de sa filiale. Les Français ont également eu la chance de vendre leur participation au meilleur moment possible. EnBW a été frappé de plein fouet par la décision de Berlin d'abandonner le nucléaire d'ici 2022, car il a dû arrêter sans attendre deux de ses quatre réacteurs, provoquant une perte nette de près de 900 millions d'euros en 2011.

L'État du Bade-Wurtemberg, qui a récemment changé de gouvernement, estime aujourd'hui avoir payé trop cher les parts d'EDF. Bien décidé à demander des compensations, le gouvernement régional a déposé une plainte devant la cour d'arbitrage de la Chambre internationale de commerce (ICC). L'accusé n'a pas tardé à réagir en jugeant que la doléance était "totalement dépourvue de fondement et abusive". "Il y a eu un accord sur un prix signé par les deux parties donc à partir de là...", confirme la porte-parole du groupe, Carole Trevi. "Nous allons en conséquence réclamer des dommages et intérêts dans le cadre de la procédure auprès de l'ICC." Cette bataille promet d'être longue. "Une telle procédure prend entre 18 et 24 mois pour être jugée", prévient Mme Trevi. "Une première audience est prévue pour le 6 septembre mais elle ne portera que sur la définition du calendrier pour les mois à venir."

Décidé à aller plus loin

Cette "mésaventure" n'empêche pas EDF de vouloir se développer en Allemagne. Le groupe est toujours présent dans ce pays à travers sa participation dans l'Institut européen de recherche sur l'énergie. Il possède également, à parts égales avec EnBW, une centrale hydroélectrique à Iffezheim,sur les bords du Rhin, ainsi qu'un centre de stockage à Etzel, en Basse-Saxe, qui lui permet de conserver 180 millions de m3 de gaz. Mais le géant français est bien décidé à aller plus loin. "Est-ce qu'on tourne définitivement le dos à l'Allemagne? La réponse est non", a jugé son patron, Henri Proglio. L'abandon de l'atome par Berlin ne semble donc pas avoir calmé les ardeurs du groupe. "Nous ne faisons pas que du nucléaire", se défend Mme Trevi. "Nos importantes activités en Italie ne concernent par exemple pas du tout ce secteur." EDF pourrait ainsi être intéressé par une reprise de RWE. Les rumeurs concernant un tel rachat courent depuis 2007 mais le deuxième électricien allemand connaît actuellement des soucis. La "proie" est plus facile à croquer lorsqu'elle est affaiblie...

TEXTE : FREDERIC THERIN