La France et l'Allemagne : des partenaires commerciaux privilégiés

France et Allemagne partenaires commerciauxInterview avec Jörn Bousselmi, directeur de la Chambre franco-allemande de commerce et d'industrie à Paris. INTERVIEW : IRIS HARTL


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Depuis de nombreuses années, l'Allemagne et la France entretiennent des relations commerciales très privilégiées. Quels en sont les principaux acteurs ?

Les entreprises de l'industrie automobile et du génie mécanique représentent ensemble près d'un cinquième des échanges commerciaux. Les autres grands secteurs sont l'industrie chimique et pharmaceutique, l'électronique, l'alimentation, l'agroalimentaire et, de plus en plus, les énergies renouvelables. Les principaux acteurs sont, outre les grandes entreprises industrielles, les petites et moyennes entreprises, en particulier allemandes, qui sont présentes sur le marché bilatéral. Les activités des PME françaises sur le marché allemand sont beaucoup moins importantes.

Comment l'expliquez-vous ?

Les structures sont différentes. En Allemagne, il existe un vrai secteur d'entreprises de taille intermédiaire qui ont une présence au niveau international. En France, par contre, il y a beaucoup de petites entreprises et seulement quelques moyennes entreprises de taille considérable, qui se contentent plus généralement du marché local, la France étant plus tournée vers l'économie nationale. De plus, le secteur industriel continue de jouer un rôle central en Allemagne. Les moyennes entreprises de ce secteur sont spécialisées sur des produits de haute qualité qui sont demandés sur le marché international. En France, en revanche, le secteur des services devient de plus en plus important, et il est bien sûr beaucoup plus difficile d'exporter des services.

Combien d'employés comptent actuellement les entreprises allemandes établies en France et vice versa ?

En France, il y a environ 3 000 succursales ou filiales allemandes pour quelque 350 000 employés, et en Allemagne, il y a environ 2 200 succursales et filiales françaises qui emploient à peu près 250 000 personnes. La France figure régulièrement parmi les cinq premiers investisseurs étrangers en Allemagne. L'Allemagne aussi continue d'investir massivement en France. Depuis deux ans, elle est l'investisseur étranger qui crée le plus d'emplois - c'est très positif. Là encore, il est clair que les entreprises allemandes de taille intermédiaire ne se contentent pas d'exporter mais qu'elles investissent aussi dans les marchés européens et y créent des emplois.

Quelles sont les différences culturelles que les entreprises doivent respecter en s'installant dans le pays voisin ?

Malgré la proximité géographique, il y a beaucoup de différences structurelles et culturelles qui peuvent donner lieu à des malentendus ou faire échouer une relation d'affaires. Les problèmes viennent parfois du mode de communication - les Français s'expriment plutôt de manière indirecte, les Allemands sont très directs, ce qui est souvent interprété comme une attitude autoritaire. Alors que dans les relations professionnelles, les Allemands sont plus tournés vers les aspects pratiques, en France, la rencontre humaine avec le partenaire commercial est souvent placée au premier plan. En outre, la conception de la hiérarchie et les mécanismes de coordination sont fondamentalement différents en Allemagne et en France, ce qui a une forte influence sur la gestion et la prise de décision. Nous organisons des séminaires interculturels pour former les hommes et les femmes d'affaires allemands et français afin qu'ils puissent mieux se comprendre et travailler ensemble.

De manière générale, l'entrepreneuriat est bien mieux considéré en Allemagne. Il existe de nombreuses entreprises familiales qui se caractérisent par un lien spécial entre la direction et les employés. En France, par exemple, il serait inconcevable qu'un syndicat en appelle à la baisse des salaires dans l'intérêt de l'entreprise, comme cela s'est produit en Allemagne. L'émergence d'entreprises de taille intermédiaire, selon le modèle allemand, serait certes souhaitable en France, mais elle exigera probablement un changement sociétal sur plusieurs générations.

INTERVIEW : IRIS HARTL