Carrières au féminin en Allemagne

PB Carrières au féminin en AllemagneLes conceptions allemandes de la famille rendent le retour des femmes sur le marché du travail très difficile après une naissance. La France, forte d'une natalité très dynamique et d'un taux d'activité féminine très élevé, a déjà voté l'instauration d'un quota de femmes. TEXTE : CECILE CALLA


ParisBerlin_logoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.


Kristina Schröder sera la première ministre allemande en exercice à mettre un enfant au monde. En France, la situation n'a rien d'inédit : dès 1992, Ségolène Royal, ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle, alors ministre de l'Environnement, avait prouvé qu'on peut conjuguer de telles responsabilités avec une vie de famille en donnant naissance à son quatrième enfant. En 2009, deux autres ministres, Rachida Dati à la Justice et Nathalie Kosciusko-Morizet à l'Environnement, lui ont emboîté le pas. Ce décalage en dit long sur la situation des femmes dans le monde du travail des deux côtés du Rhin. Alors que les Allemandes font bien moins d'enfants que les Françaises, championnes de la natalité en Europe, elles subissent encore davantage de discrimination sur le marché de l'emploi : les écarts de salaires atteignent 23 % outre-Rhin contre 17 % dans l'Hexagone, 52 % d'entre elles travaillent à temps partiel contre 30,3 % en France et elles sont très rares dans les directions d'entreprises (3,2 % en Allemagne, 7 % en France).

Le poids de la tradition

Le tableau se noircit encore plus lorsqu'elles deviennent mères. Car conjuguer une carrière avec une vie de famille relève encore du parcours du combattant outre-Rhin. Seules 55 % des mères allemandes travaillent contre 72 % des mères françaises. On cite souvent le manque de crèches, d'écoles ouvertes toute la journée pour expliquer la moindre activité des mères d'outre-Rhin. Mais la répartition traditionnelle des rôles, l'homme au travail, la femme à la maison, reste encore très ancrée dans les têtes allemandes, surtout à l'Ouest. "L'Allemagne reste un pays très conservateur", constate Elke Holst, spécialiste des questions Gender au DIW, l'institut de recherches économiques de Berlin. La majorité de la population ouest-allemande considère encore aujourd'hui qu'il est néfaste pour un enfant d'être gardé par une personne ou structure étrangère famille avant l'âge de 3 ans.

Même si ces craintes sont quasi absentes du débat français, que la natalité reste très dynamique et que la grande majorité des mères travaille, les obstacles sont encore nombreux. Toutes les études et les sondages montrent que les Françaises continuent d'assumer la majorité des tâches domestiques et du travail parental. Pour tenter d'inverser cette tendance, le Medef, organisation patronale, a fait sienne une proposition du syndicat CFDT de rallonger le congé paternité de vingt jours contre onze jours actuellement. De plus, une loi imposant un quota de 40 % de femmes d'ici à 2017 dans les conseils d'administration des grandes entreprises a été votée en janvier dernier. L'Allemagne n'en est, elle, qu'au stade de la réflexion.

Certes, certaines entreprises, à l'instar de Deutsche Telekom, commencent à s'intéresser à la parité, mais ces initiatives restent encore trop souvent des exceptions. Au début de l'année, une controverse avait éclaté sur le sujet à la faveur d'un conflit entre la ministre du Travail Ursula von der Leyen (CDU), qui avait brillé comme ministre de la Famille entre 2005 et 2009, et Kristina Schröder, qui lui a succédé en 2009. La première, mère de sept enfants et âgée de 52 ans, réclamait l'instauration de quotas pour favoriser l'arrivée de femmes dans les directions d'entreprises, encore pour l'essentiel des domaines reéservés aux hommes. La deuxième, âgée de 33 ans, qui a fait une carrière éclair, refuse les mesures coercitives. "Le changement dans la politique familiale engagé par Mme von der Leyen n'est pas poursuivi de manière suffisamment offensive par Kristina Schröder", déplore Elke Holst. La chancelière chretienne-démocrate Angela Merkel a finalement tranché en faveur de sa jeune ministre de la Famille en refusant d'instaurer des quotas. Pour autant, la mesure paraît inéluctable si l'Allemagne veut briser ce fameux plafond de verre auquel se heurtent les femmes même quand elles n'ont pas d'enfant.

TEXTE : CECILE CALLA