Bilan positif pour les manuels franco-allemands d’histoire

ParisBerlin_manuel_histoireCoopération unique au monde, le premier manuel d'histoire franco-allemand voyait le jour en 2006, édité conjointement par les maisons d'édition française Nathan et allemande Klett. Deux ans plus tard, le second tome complétait ce travail commun. A quelques mois de la parution du troisième ouvrage, le bilan s'avère d'ores et déjà positif. TEXTE : LARA BOURGET


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Initiative inédite, aventure exceptionnelle, première éditoriale... Depuis la parution du premier manuel franco-allemand d'histoire, la presse et les scientifiques ne tarissent pas d'éloges. Né en 2003, d'un souhait de lycéens français et allemands réunis au Parlement des Jeunes, cet ouvrage de terminale, "L'Europe et le monde depuis 1945", a été salué unanimement en Europe. Depuis, un second volume de première a vu le jour en avril 2008 : "L'Europe et le monde du congrès de Vienne à 1945". Par ce biais, la France et l'Allemagne ont accouché de symboles forts de réconciliation.

Une entreprise couronnée de succès

Seuls manuels scolaires homologués dans les seize Länder allemands, ces ouvrages offrent un regard croisé franco-allemand, qui exprime les différences entre les deux sociétés. Ils permettent ainsi aux élèves de lire l'histoire autrement, grâce à des contenus similaires dans les deux versions. Une approche qui a entraîné un succès des ventes, en proportion égale dans nos deux pays : "déjà 90 000 exemplaires du livre de terminale ont été vendus en tout, et 30 000 de celui de première", note Tanja Grünewald des éditions Klett. Certes, "les ventes du deuxième tome ne correspondent pas aux attentes. Il n'a pas bénéficié non plus de la couverture médiatique qu'avait connu le premier. Il faudrait que les pouvoirs publics soient plus offensifs", déplore Pierre Monnet, membre du comité scientifique. Pourtant, selon lui, "le manuel de première a été plus facile à réaliser. Il me semble plus réussi que le premier."

Une initiative pédagogique innovante

Plus encore que le contenu, la nouveauté pédagogique offre de nouvelles perspectives pour les professeurs. "La confrontation de deux didactiques leur permet d'apporter une ouverture européenne aux élèves. Les véritables enjeux résideront dans la manière de se l'approprier : arrivera-t-on à former les enseignants de toute l'Europe dans une même pédagogie ?", s'interroge Michael Werner, directeur du CIERA (Centre interdisciplinaire d'études et de recherche sur l'Allemagne). Cela reste l'un des objectifs de cette initiative. "En Allemagne, où l'on n'enseigne pas l'histoire et la géographie en même temps, le renouvellement pédagogique est encore plus fort", explique Pierre Monnet. Enfin, la seule approche linguistique plonge les élèves français dans la langue du partenaire et vice-versa. D'ailleurs, ces derniers sont "fi ers" de travailler avec ces ouvrages.

Des difficultés surmontées, encore des défis à relever. Grâce à un rapport à l'histoire commun, les auteurs n'ont pas connu de difficultés majeures. Cependant, il a fallu surmonter quelques problèmes de traduction, concernant par exemple les mots "laïcité" et "mémoire". Pierre Monnet reconnaît : "à la lecture, nous sentons la différence de langue. Un défaut ? Je le prends comme une chance, car les jeunes d'aujourd'hui seront toujours confrontés à la diversité". Comprendre les schémas avec lesquels l'autre présente l'histoire fut plus compliqué. "Par exemple la relation de nos deux pays avec les Etats-Unis après 1945 a été vécu très différemment". Seul bémol d'importance, les manuels francoallemands d'histoire sont utilisés majoritairement dans les sections Abibac, européennes et internationales, en France comme en Allemagne. Certes, certains professeurs de filières "normales" se servent des ouvrages comme source documentaire, mais pas comme livre de classe. "Le grand enjeu ? Qu'ils deviennent des manuels classiques !" Un but à atteindre avant la parution du troisième livre, de seconde, qui devrait voir le jour en mai 2010.

TEXTE : LARA BOURGET