Arrêts maladie en Allemagne : et si on laissait les salariés décider ?

CIDAL Arrêts maladie en AllemagneTrop de certificats médicaux tuent-ils le certificat médical ? C'est l'avis de médecins de l'université de Magdebourg. Au terme d'un travail de recherche, ils formulent une proposition iconoclaste : laisser aux salariés le droit de s'absenter jusqu'à cinq jours sans avoir à se faire dûment porter pâle par un médecin.

Selon ces médecins, les cabinets médicaux allemands sont encombrés d'enrhumés, migraineux, nauséeux ou simples fatigués qui n'ont aucun besoin d'un médecin pour aller mieux. Quelques jours de repos au lit, et l'on n'en parle plus ! Mais voilà : au-delà de trois jours d'absence, les salariés allemands ont l'obligation de présenter un certificat médical à leur employeur. C'est la loi. Dans le cas contraire, ils risquent un blâme, voire un licenciement.

Cabinets médicaux surchargés

Or, non seulement ces visites médicales à répétition coûtent cher aux assurances maladies, mais elles font également perdre beaucoup de temps aux médecins, arguent les auteurs de l'étude. Cette surcharge de travail a donc des conséquences. Les praticiens ont moins de temps à consacrer à ceux qui en ont vraiment besoin, c'est-à-dire aux patients souffrant de pathologies plus lourdes. Leur solution : allonger, par exemple de deux jours, le délai d'absence autorisé sans certificat médical dans le cadre d'une expérience pilote.

Réduction de la bureaucratie ou prime à la paresse ?

Ce surcroît de liberté ne sera-t-il pas synonyme de prime à la paresse ?, s'inquiète déjà l'opinion. Les auteurs de l'étude répondent que non. Ils rappellent que l'employeur a de toute façon le droit de contrôler lui-même le bien-fondé de l'absence du salarié dès le premier jour. Les tire-au-flanc du lundi ou du vendredi n'y gagneront donc rien... Ils invoquent, d'autre part, des expériences réalisées en Norvège. Celles-ci n'auraient pas révélé de changement notable dans la durée des arrêts maladie.

La proposition a séduit quelques personnes. Le député Jens Spahn, par exemple, y voit un moyen de lutter contre les excès de la bureaucratie. Le journaliste Guido Bohsem va dans le même sens. Dans le quotidien Süddeutsche Zeitung, il appelle les entreprises à se départir d'une « culture de la défiance » à l'égard de leurs salariés, et ajoute que les nouvelles façons de travailler (télétravail, mi-temps, effacement des frontières entre travail et temps libre) rendent l'application de la législation de plus en plus difficile.

Une réforme ne semble toutefois pas pour demain. L'idée des chercheurs de Magdebourg ne séduit, en effet, ni le gouvernement, ni le patronat. La législation « est nécessaire, sensée et utile telle qu'elle est », a ainsi répondu le ministère allemand du Travail et des Affaires sociales.

Les arguments contre la réforme sont économiques. « Les entreprises doivent pouvoir contrôler les arrêts de travail », a estimé le vice-président du groupe parlementaire chrétien-démocrate au Bundestag Michael Fuchs. Mais ils sont également d'ordre médical. Pour Karl Lauterbach, médecin et vice-président du groupe parlementaire du social-démocrate, « le danger serait trop grand de voir les maladies diagnostiquées trop tard ». Consulter tôt est essentiel face à la maladie, rappelle-t-il.

Source : CIDAL