EDF et EnBW : Les dessous d'un divorce

ParisBerlin EDF et EnBWLe divorce surprise entre le numéro 1 mondial EDF et le troisième électricien allemand Energie Baden-Württemberg (EnBW), passé quasiment inaperçu en France, alimente la polémique sur le rôle du politique dans les affaires publiques en Allemagne. TEXTE : MARC MEILLASSOUX


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Après les vives tensions suscitées par le projet de gare souterraine Stuttgart 21, le premier Land industriel allemand, le Bade-Wurtemberg, est à nouveau le théâtre d'une violente confrontation au sein de la classe politique après le rachat par le Land, à travers le groupement OEW (9 régies communales), de 6 milliards d'euros de titres dont 4,7 milliards, soit 45 % des parts, au groupe français EDF.

L'image du président chrétien-démocrate du Land, Stefan Mappus, accueilli sous les vivas des salariés d'EnBW et flattant le patriotisme régional plutôt que la multinationale pro-nucléaire française était une scène assez surréaliste en ces temps de "Wutbürger", ces citoyens fâchés avec le politique, particulièrement à Stuttgart. Cette posture a d'abord fait croire à une victoire politique du camp de Merkel dans une période turbulente et à deux mois d'une élection locale cruciale pour le gouvernement. Mais très vite, les questions sur les conditions de la reprise ont semé le doute sur les motivations réelles de l'opération et l'opposition dénonce une manoeuvre politique entachée de conflit d'intérêts.

Le rôle obscur des Jumeaux de Morgan Stanley

Comment expliquer qu'EDF, qui vantait il y a encore quelques semaines le rôle stratégique de son implantation en Allemagne, ait ainsi fait volte-face ? Le prix payé par l'OEW offre à EDF une plus-value d'un demi-milliard d'euros et explique en partie la décision du Français. Un prix immédiatement mis en doute par le SPD et les Verts qui s'interrogent sur la partialité de la banque américaine Morgan Stanley lors de la valorisation d'EnBW. René Proglio, président de Morgan Stanley France et frère jumeau d'Henri Proglio, le patron d'EDF, s'est il entendu avec son homologue pour l'Allemagne Dirk Notheis, sur un bon de sortie qui étoufferait les velléités françaises ? D'aucuns s'interrogent sur le choix - sans appel d'offres - de l'infl uent banquier, également membre de la CDU, surnommé "der Zwilling" (le jumeau) de Mappus, en raison de leur amitié et de sa discrète présence dans toutes ses affaires. Une chose est sûre, l'annonce de la sortie du nucléaire par la CDU à la veille des législatives de mars est une manière de contenir la montée des Verts, en passe de prendre un Land historiquement acquis aux conservateurs.Hold-Up politique

L'opposition qui réclamait une commission d'enquête parlementaire, est aujourd'hui prise de court par le calendrier qui rend impossible tout recours. Pourtant, le "cas de force majeur" invoqué par le gouvernement local pour passer outre au vote du Parlement semblait bien compliqué à justifier, tout comme le prix offert, supérieur de 18 % au cours actuel, et la charge de la garantie des 6 milliards d'euros qui incombe au Land. Si Mappus s'est empressé de faire valoir que l'emprunt spécialement contracté serait remboursé par les bénéfi ces de l'entreprise, l'opération est périlleuse. La taxe spéciale sur le nucléaire votée en septembre dernier à Berlin fait peser sur le groupe une charge de plus de 2 milliards d'euros dans les six années à venir. La sortie du nucléaire - qui représente aujourd'hui 50 % de l'électricité fournie par le groupe - nécessitera des investissements lourds. Si le groupe ne parvient pas à rembourser ses traites, ce sera au contribuable de payer. Un contribuable allemand qui supporte déjà des prix de l'électricité parmi les plus chers en Europe, derrière le Luxembourg et l'Italie. La sortie du nucléaire a un prix...

TEXTE : MARC MEILLASSOUX