L'économie allemande tourne la page de la crise

CIDAL Economie allemande criseUn tel optimisme n'avait plus eu cours depuis vingt ans en Allemagne. Jeudi, les cinq principaux instituts d'analyse de la conjoncture ont relevé de deux points leurs prévisions de croissance pour 2010.

Dans leur rapport semestriel, ils tablent sur un taux de croissance de 3,5 % cette année, et de 2 % en 2011. L'économie allemande ne devrait pas se contenter de rattraper le terrain perdu pendant la crise. Elle se dirige vers une croissance durable, s'accompagnant d'une baisse significative du chômage et d'un retour des déficits publics sous la barre des 3 % dès 2011. "De bonnes années nous attendent", a confié l'économiste Kai Carstensen, de l'institut Ifo de Munich.

Retour d'une croissance dynamique

Pourquoi l'Allemagne tourne-t-elle aussi vite le dos à la crise là où d'autres pays industrialisés restent aux prises avec ses conséquences ? Selon les auteurs du rapport, l'économie allemande continue de profiter de l'efficacité de son moteur traditionnel : les exportations. Ce dernier est revigoré par la reprise du commerce international et par la demande massive de biens d'investissement dans les pays émergents. Mais, contrairement aux années passées, l'explication ne s'arrête pas là. Désormais, la demande intérieure, autrefois talon d'Achille de Berlin, s'accélère à son tour. Elle devrait "déterminer le rythme de l'essor" des années à venir, affirme le rapport.

Net reflux du chômage

La consommation des ménages, en particulier, devrait reprendre des couleurs après plusieurs années d'atonie. Elle devrait profiter d'une très nette baisse du chômage et d'une hausse des salaires, après plusieurs années de modération, estiment les économistes. Après avoir déjà beaucoup reflué ces derniers mois, le nombre de demandeurs d'emploi devrait retrouver un étiage inédit depuis 1992 : moins de trois millions de chômeurs en moyenne annuelle. Le taux de chômage moyen devrait passer de 7,7 % en 2010 à 7 % l'année prochaine.

"Le recul du chômage est, pour moi, de loin l'élément le plus important", a commenté la chancelière Angela Merkel. "C'est bon signe dans la perspective d'un essor durable". La chancelière peut d'autant plus se féliciter que les auteurs du rapport attribuent explicitement ce résultat à la politique économique menée en Allemagne au cours des dernières années. À leurs yeux, la santé de l'emploi s'explique, en effet, par les réformes du marché du travail d'une part, et par le recours au chômage partiel pour préserver l'emploi et la consommation pendant la crise d'autre part.

Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, les auteurs du rapport prévoient une croissance sans inflation. La hausse des prix devrait rester cantonnée à 1,1 % en 2010 et à 1,6 % en 2011.

Respect du Pacte de stabilité dès 2011

Il s'attendent aussi à ce que l'Allemagne se délivre du principal carcan hérité de la crise : les déficits publics. La croissance devrait accroître les recettes fiscales, et la baisse du chômage réduire les dépenses sociales. À cela s'ajoutent la fin des plans de relance, synonymes de dépenses supplémentaires, et le vaste plan de rigueur budgétaire (80 milliards d'euros d'économie en quatre ans), qui déploiera ses effets à partir de l'an prochain. L'Allemagne pourrait ainsi réduire son déficit de 3,8 % en 2010 à 2,7 % en 2011. Elle rentrerait ainsi dans les clous imposés par le Pacte européen de stabilité et de croissance avec deux ans d'avance.

À Berlin, le gouvernement fédéral prendra appui sur le rapport des cinq instituts pour établir ses prévisions de croissance, qui seront présentées le 21 octobre. Mais il en tire déjà un enseignement : "La critique selon laquelle les mesures de consolidation budgétaires risqueraient de compromettre la reprise est infondée". La crise économique et financière a, au contraire, montré que seuls les États aux finances solides étaient en mesure de maîtriser les chocs économiques de grande ampleur, et en particulier les chocs mondiaux.

Or, les perspectives économiques ne sont pas exemptes de risque à l'échelle mondiale, avertit le rapport. Ses auteurs évoquent la crainte d'une nouvelle récession aux États-Unis, événement d'une "probabilité notable", ainsi que le risque d'une fin du boom de l'immobilier en Chine ou de nouvelles turbulences financières autour de l'euro.

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