Quel rôle l’apprentissage joue-t-il dans le marché du travail en France, en Allemagne et en Europe?

PB Apprentissage en Allemagne et FranceQuel rôle l'apprentissage joue-t-il dans le marché du travail en France, en Allemagne et en Europe ? Le Club ParisBerlin en a débattu fin novembre chez Bosch France. TEXTE : NINA DREWES


Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.


Établir des parallèles entre la manière dont les deux pays appréhendent le rôle de l'apprentissage et ouvrir de nouvelles perspectives - tel était l'objectif du petit déjeuner organisé fin novembre par le Club ParisBerlin chez Bosch France. Réunis à Paris, une vingtaine d'invités et une dizaine d'experts ont mené un débat animé par la journaliste Cécile Calla, chargée par ailleurs du lancement, dès 2012, du Club ParisBerlin en Allemagne (lire ici). Avec 1,6 million d'apprentis, "l'Allemagne est le premier acteur de l'apprentissage en Europe", a introduit René Lasserre, directeur du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine (CIRAC). Environ 60 % d'une classe d'âge choisissent cette voie à l'issue de la scolarité obligatoire. En France, l'apprentissage concerne 420 000 de jeunes seulement, et 600 000 en alternance (source : Commission européenne). Contrairement à la France où il est souvent considéré comme solution de fortune, l'apprentissage est reconnu socialement outre-Rhin. "En Allemagne, les jeunes choisissent l'apprentissage, ce n'est pas la suite d'un échec scolaire mais un choix actif", a expliqué Margarete Riegler-Poyet, responsable du pôle Formation de la Chambre franco-allemande de commerce et d'industrie à Paris. La formation professionnelle en Allemagne est directement pilotée par les entreprises, et les jeunes sont donc formés selon les besoins concrets de leurs futurs employeurs. 60 % des jeunes apprentis allemands sont ainsi embauchés par l'entreprise qui les a formés, à en croire l'Institut fédéral pour laformation professionnelle (BIBB). Un modèle qui contribue à la compétitivité du pays qui connaît un taux de chômage des jeunes deux fois moins élevé qu'en France.

Deux réalités différentes

Si l'on parle depuis longtemps en France d'une possible transposition du modèle allemand, d'importantes différences structurelles entre les deux systèmes rendent la tâche difficile. "L'Allemagne est obsédée par l'offre et la compétitivité de ses entreprises", a avancé Guy Maugis, président de Bosch France. "La France l'est plutôt par la demande et le pouvoir d'achat. En France, nous aimons l'abstraction intel lectuelle, tandis que l'Allemagne aime le pragmatisme, la réalisation."

Il existe par ailleurs dans l'Hexagone une différence entre les apprentis du niveau inférieur (collège/lycée) et ceux du niveau supérieur - différence qui n'est pas toujours faite dans le discours public, a regretté Jean- Patrick Farrugia, de la direction Formation et Emploi de l'Assemblée permanente de la chambre des métiers (APCM). "Le collège est une boîte noire", a estimé Dominique Olivier, DRH de Bosch France. "Les professeurs doivent changer l'image qu'ils ont de l'apprentissage." Changer l'image qu'ont les Français de l'apprentissage - c'est aussi la préoccupation du gouvernement. Une tâche compliquée puisque, selon Anne-Sophie Grouchka Souhaité, directrice de cabinet de Nadine Morano, ministre chargée de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle, l'apprentissage ne correspond pas à la tradition culturelle française, et que "nous rencontrons énormément de stéréotypes et d'idées reçues". D'où le lancement de campagnes de communication et la signature, avec les régions, de contrats d'objectifs et de moyens. "Notre pays bien théorique commence à expérimenter", s'est réjoui Guy Maugis. "On commence à découvrir que l'entreprise n'est pas l'ennemie de l'Éducation nationale et inversement."

Inciter à la mobilité

Autre axe de réflexion : la mobilité des apprentis. Une étude réalisée par le BIBB indique que 7 % des entreprises seulement envoient régulièrement ou occasionnellement leurs apprentis à l'étranger. "On peut s'attendre à une augmentation de ce chiffre", a pourtant pronostiqué Hans-Joachim Kissling, responsable du département international du BIBB.

Il existe des structures oeuvrant dans cetteoptique, comme le Secrétariat franco-allemand qui organise depuis 1980 des échanges franco-allemands en formation professionnelle. Avec un succès grandissant : entre 2005 et 2010, le nombre de participants a pu être augmenté de 50 %, et touche désormais 5 000 participants par an et 50 métiers différents, et ce malgré la barrière linguistique. "Le sujet commun est d'abord le métier", a expliqué Simone Rebstock, déléguée allemande du Secrétariat : "Si des boulangers français et allemands font une tarte ensemble, cela fonctionne."

TEXTE : NINA DREWES

Teilen Sie diesen Artikel mit Ihren Freunden

Erläuterung zur Kommentarfunktion

blog comments powered by Disqus