La précarité en Allemagne : quand un salaire ne suffit pas pour vivre

PB Précarité en AllemagneLes Allemands sont de plus en plus nombreux en situation précaire. Souvent, même un emploi à plein temps ne suffit pas pour s'assurer un revenu décent. TEXTE : DÉBORAH BERLIOZ


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L'entrée du Tafel de la Karl Marx Strasse à Berlin, l'équivalent allemand des Restos du coeur, est bondée en ce jeudi de janvier. Chômeurs et retraités s'y pressent pour recevoir des denrées alimentaires contre un euro symbolique. "Environ 150 personnes viennent chaque semaine. C'est en constante augmentation", explique Jutta, une des bénévoles. "Nous avons surtout de plus en plus de retraités." Erika, 72 ans, fait partie de ces seniors qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts. "Je touche 770 euros par mois, alors que j'ai travaillé toute ma vie", témoigne l'ancienne employée de laboratoire.

Et Erika est loin d'être la seule retraitée en situation précaire en Allemagne. La cause : de bas salaires, et surtout plusieurs gels des retraites ces dix dernières années. Résultat : plus de 660 000 personnes de 65 à 74 ans exercent un emploi à temps partiel dans le pays ; 58 % de plus qu'en 2000. Et pour Ulrike Mascher, présidente de l'association pour la défense des droits sociaux VDK, ces retraités ne travaillent pas par plaisir : "Ils portent des journaux à 5h du matin, rangent des étagères dans des supermarchés, font des ménages, etc. On ne fait pas cela pour rencontrer des collègues, mais parce qu'on a urgemment besoin d'argent." Et la situation ne risque pas de s'arranger, car le nombre de travailleurs pauvres est en constante augmentation. Selon un rapport de l'Institut du travail de l'université de Duisbourg-Essen de 2010, plus de 6,55 millions de personnes en Allemagne toucheraient moins de 10 euros brut de l'heure soit 2,26 millions de plus en 10 ans. Anne, mère célibataire, connaît bien ce problème : "C'est fou qu'à 30 ans, employée à plein temps, je sois obligée de demander des aides de l'État." Elle travaille dans une usine de poissons au nord de l'Allemagne, pour moins de 800 euros par mois. "Je gagnerais plus avec des allocations de chômage de longue durée !" Mais la jeune femme préfère se battre. "Je me suis engagée dans le parti Die Linke. Je veux militer pour un salaire minimum interprofessionnel d'au moins 8,5 euros de l'heure."

TEXTE : DÉBORAH BERLIOZ

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